Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Est-ce que trop c'est comme pas assez ?

Aujourd’hui, avec les bibliothèques publiques et tout ce qui est disponible en ligne, nous avons accès à une quantité incroyable de livres et de publications de toutes sortes. J’ai découvert dans YouTube des artistes que je ne connaissais pas ainsi que des chansons et de la musique inédites d’artistes que je croyais très bien connaître. Il y a quelques jours, je suis allé dans un centre commercial avec ma femme. À la foire alimentaire où nous sommes allés manger, nous avions le choix entre des mets japonais, thaïlandais, chinois, italiens, libanais et mexicains. Il y avait aussi un A&W pour les hamburgers, un New York Fries pour les frites et la poutine, un comptoir pour les jus énergétiques et un Tim Horton pour le café. Quelle abondance !

 

Quand j’étais enfant, tout ce que nous avions à lire, c’étaient les vieux magazines et les livres condensés reliés en imitation de cuir du Reader’s Digest que ma tante nous donnait après les avoir lus. J’ai relu et relu les mêmes articles et je me souviens encore des titres de quelques-uns des livres que j’ai lus plus d'une fois comme Paris brûle-t-il ?, Il est minuit docteur Schweitzer, Houdini, magicien de l’évasion (celui-là, je ne me souviens pas si c’était un article ou un livre condensé). Aujourd’hui, si on me demandait ce que j’ai lu il y a un mois, je ne saurais pas quoi répondre. Pour la musique, c’était un peu la même chose. Quand j’étais étudiant, j’habitais avec mes sœurs Louise et Suzanne dans un appartement de la rue Saint-André à Ottawa. Nous avions quelques albums qui étaient usés à force de les écouter : Moustaki, Léo Ferré, Gilbert Bécaud, Gilles Vigneault et un album de Robert Charlebois sur lequel j’ai écouté 50 000 fois son interprétation du poème Sensations de Rimbaud. J’adorais sa voix un peu nasillarde et son accent de l’Est de Montréal. Je me souviens que Louise avait un album (je crois qu’elle l’a encore) sur lequel elle écoutait La mort du loup récité par Gérard Philippe.

 

Est-ce qu’il est mieux de vivre avec un peu moins ou dans la surabondance ? Il est vrai que quand on a peu de choses, on profite plus de ce qu’on a. On vit plus dans l’instant présent. Quand on a trop de choix, on pense à toutes les autres possibilités qui s’offrent à nous. On commence à lire un livre qui, au premier abord, ne nous emballe pas. On le met de côté et on va en emprunter un autre à la bibliothèque. On va dans YouTube pour écouter une chanson. Cette chanson nous fait penser à une autre chanson. On ne finit pas d’écouter la chanson qu’on était en train d’écouter parce qu'on préfère aller écouter l'autre chanson, et ainsi de suite. On est comme un milliardaire dans son luxueux yacht qui alors qu’il est ancré à Nouméa regrette de ne pas être en Jamaïque ou à aux Îles Canaries. On est comme ce playboy qui au lieu de jouir pleinement du temps qu'il passe avec la femme qu’il est en train de baiser pense à toutes les autres qu’il aimerait baiser.  

 

Le moine bouddhiste vietnamien Thích Nhât Hanh souligne l’importance de se concentrer uniquement sur ce que nous sommes en train de faire et de ne pas penser à autre chose. C’est, selon lui, le chemin à prendre pour accéder à un niveau de conscience plus élevé. Il suggère à ses adeptes de marcher dans la forêt en étant pleinement conscients de leur environnement et des sensations qu’ils éprouvent. Est-ce qu’on peut dire que l’abondance de choix que nous offrent les nouvelles technologies favorise l’éparpillement de notre attention et de nos pensées ? Plusieurs spécialistes s’entendent pour dire que la durée d’attention des jeunes diminue au même rythme que leur capacité d’accomplir en même temps plusieurs tâches augmente.

 

Face à cela, plusieurs seraient tentés de dire « Trop c’est comme pas assez ». Mais moi qui ai vécu avant et après l’arrivée des technologies qui rendent possible une telle abondance, je dirais plutôt «Trop c’est mieux que pas assez. » Je dirais aussi que la technologie, il faut apprendre à l'utiliser intelligemment, même si je sais que c'est plus facile à dire qu'à faire. Et pour ne pas trop s'éparpiller, il faut se réserver du temps pour réfléchir et méditer. Il est important de toujours garder contact avec soi-même pour ne pas se faire envahir par tout ce qui nous entoure...et pas seulement la technologie.

 

Et si nous n'avions pas eu les vieilles technologies comme les disques vinyles, l'imprimerie et la télévision sans le câble, qui d'entre nous, pendant sa jeunesse, aurait eu la possibilité d'écouter Mozart et les Beatles, de lire Jules Verne et Robinson Crusoe, et de regarder Les Plouffe et Séraphin. Et maintenant, grâce à la technologie, je peux partager avec vous mes petites histoires et vous avez même la possibilité d'ajouter vos commentaires.

 

La technologie me permet également de vous faire écouter le poème Sensation de Rimbaud mis en musique et chanté par Robert Charlebois que j’ai si souvent écouté quand j’avais vingt ans :

 

https://www.youtube.com/watch?v=fjzlT_x0LaY

 



12/11/2018
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