Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Réflexions sur l'économie et la politique

Je ne suis ni un économiste, ni un sociologue, ni un philosophe. Je ne suis qu’un prof de français langue seconde à la retraite. Ça ne m’empêche pas de réfléchir et de me poser des questions. Voici donc quelques-unes de mes réflexions sur l’économie et la politique.

 

Pour moi, notre système actuel, basé sur le libre marché et le néolibéralisme, fonctionne un peu de la façon suivante. Le facteur de réussite d’un pays est son taux de croissance. Plus nous produisons et plus nous consommons, plus notre taux de croissance augmente. Et quand le taux de croissance est positif, ça veut dire que nous avons créé des emplois et qu’il y a moins de chômage. Ça veut aussi dire que les index boursiers sont à la hausse et que les régimes de retraite des travailleurs sont en sécurité. Nous sommes donc condamnés à produire et à consommer de plus en plus, quel que soient les conséquences sur l’environnement et le nombre de choses que nous avons accumulées, pour que la roue puisse continuer à tourner. C’est un système qui se nourrit de sa propre logique. Il est très cohérent à condition de ne pas sortir de la boîte pour se poser des questions.

 

Malgré tous ses défauts, et à condition d’être contrôlé, je crois que le système capitaliste peut être un instrument de développement très positif. C’est le seul qui a pu mettre fin à la famine et à la pauvreté. On n’a qu’à regarder le bilan des autres pour comparer : le communisme, les monarchies de droit divin, les pharaons, les califats et les théocraties ont toujours maintenu dans la misère une grande partie de leurs populations sans tenter d'améliorer son sort. Depuis l’ouverture des marchés en Chine, même s’il y a encore d’énormes problèmes, une grande partie de population est sortie de la pauvreté extrême grâce au capitalisme.

 

Le capitalisme moderne est apparu en même temps que la Révolution industrielle, dans la seconde partie du 18e siècle. C’est à cette même époque qu’est né le courant humaniste issu de la Philosophie des Lumières qui a préparé la Révolution française et la démocratie. Il y a donc eu, dès le départ, une contrepartie aux excès du capitalisme. On a dénoncé le travail des enfants. On a formé des syndicats et exigé de meilleures conditions de travail. On a voté des lois. Des écrivains comme Émile Zola en France et Charles Dickens en Angleterre ont sensibilisé l’opinion aux conditions de vie extrêmes des travailleurs au début du siècle dernier. La peur du communisme à la suite de la Révolution soviétique en 1917 a aussi contribué à contrôler les excès du capitalisme. La religion a aussi joué un rôle, trop souvent pour défendre les privilèges des riches et favoriser l’exploitation des travailleurs, mais également pour soutenir les pauvres dans leur combat pour la justice. On n’a qu’à penser à la théologie de la libération en Amérique latine.

 

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, c’est la chute du communisme et l’arrivée de la mondialisation et du néolibéralisme. La peur du communisme a disparu, et l'ouverture des marchés dans des pays où même les enfants n’ont aucune protection a permis aux chefs d’entreprise et aux financiers de contourner les lois censées protéger les travailleurs et l’environnement en relocalisant la production et les services à l’étranger. L’objectif du capitalisme est de générer le maximum de profit pour les investisseurs. C’est sa seule finalité. Le capitalisme n’est pas une philosophie qui a pour but d’améliorer le bien-être de l’humanité. Il est amoral et sans états d’âme. C’est une machine à faire de l’argent en exploitant la nature et les humains. S’il y a des retombées bénéfiques pour l’humanité, tant mieux ! Sinon, tant pis ! Si cette machine est contrôlée par une société avec une vision plus large et une éthique plus généreuse, elle peut être un puissant instrument de développement et avoir des effets positifs. Sinon, les effets peuvent être désastreux pour les humains comme pour l’environnement.

 

Dans son livre La fin de l’histoire, publié en 1992, Fukuyama suggère qu’avec le néolibéralisme l’humanité a trouvé la meilleure façon d’exister et de fonctionner. Il n’y a désormais plus besoin de se poser des questions sur la finalité de la vie. Il suffit de produire et de consommer pour faire fonctionner le système. Mais les choses ne sont pas aussi simples. De tous temps, les humains se sont posé des questions sur la finalité de leur existence et sur le comportement qu’ils devraient adopter vis-à-vis des autres. Le néolibéralisme n’offre aucune réponse à ces questions. Il est comme une voiture sans freins filant à toute allure sur une autoroute sans savoir où elle va ni pourquoi.

 

Une des caractéristiques du capitalisme est qu’il ne prétend pas rendre les humains meilleurs. Il les prend comme ils sont. La volonté d’améliorer son sort, mais aussi la cupidité et le désir de surpasser les autres, peuvent être des sources de motivation et de dépassement très positives, à condition d’être orientées, individuellement et collectivement, vers quelque chose de plus élevé. C’est la responsabilité de chaque individu, et par extension de chaque société, de trouver une finalité et une raison d’être à son existence. Dans le contexte actuel, l’enseignement de la philosophie apparaît comme un anachronisme sans aucune utilité, mais les questions essentielles et existentielles qu’elle pose ne disparaitront pas pour autant. C’est pourquoi, à mon avis, il faut quelquefois prendre le temps de s’arrêter pour penser à tout ça.

 

 



21/01/2018
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