Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

The Mission

The Mission est un film de 1986 qui raconte une histoire basée sur un fait historique qui s’est passé au milieu du 18e siècle à la frontière du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay. Les Jésuites avaient fondé une mission au milieu de la jungle pour convertir les Indiens Guaranis et les protéger de l’esclavage. Lors du traité de Madrid de 1750 entre l’Espagne et le Portugal, le territoire sur lequel se trouve la mission est cédé au Portugal. Sous le régime espagnol, les missions fondées par les Jésuites, de même que toutes les personnes qui y vivaient, étaient protégées par le roi d’Espagne. Ce n’était pas le cas dans les territoires portugais dans lesquels les Indiens pouvaient être capturés et mis en esclavage. Les deux puissances coloniales, en consultation avec le représentant envoyé par le Vatican, décident que la meilleure solution, étant donné les circonstances et la situation politique, est de fermer la mission. Il y a de la résistance face à cette décision de la part de certains Jésuites qui avaient fondé la mission et des Indiens qui y vivaient. D’autres Jésuites se soumettent, à contrecœur, à la décision prise par les autorités civiles et religieuses, et offrent une résistance pacifique aux militaires qui sont envoyés pour détruire la mission. Tous ceux qui s’y trouvent, résistants pacifiques ou armés, sont massacrés sans pitié.

 

À la fin du film, quelques phrases qui défilent sur l’écran nous rappellent que cet épisode préfigure ce qui allait se passer deux cents ans plus tard en Amérique latine : les Indiens du Guatemala que les grands propriétaires terriens ont massacré et tenté d’exterminer complètement parce qu’ils voulaient s’approprier leurs terres, Monseigneur Romero, au Salvador, abattu alors qu’il était en train de dire la messe parce qu’il avait pris le parti des pauvres et des opprimés, les six jésuites et les deux femmes assassinés par l’armée salvadorienne en 1989. Au nom de Dieu, de la famille et de la patrie, et pour combattre le terrorisme qui était dans certains cas bien réel, on a ratissé très large et on en a profité pour se débarrasser de tous les éléments gênants de la société. Les terroristes, mais aussi les militants de gauche, les syndicalistes, les étudiants contestataires, les intellectuels et les poètes, ainsi que les prêtres et les religieux qui avaient été contaminés par la théologie de la libération, ont été enlevés, torturés et assassinés par dizaines de milliers en Argentine, au Chili, en Uruguay et dans de nombreux autres pays d’Amérique latine avec l’aide de la CIA et de conseillers militaires américains.

 

À l’autre bout du monde, au Cambodge, les Khmers rouges ont fait la même chose, mais à plus grande échelle, au nom d’une autre idéologie qui avait déjà fait des millions de victimes en Union Soviétique et en Chine.

 

Ce film illustre bien le conflit entre ce qu’il est convenu d’appeler la raison d’état et la morale. Pour les opportunistes et les profiteurs sans scrupules qui ne voient que leurs intérêts et leur profit personnel, aucun dilemme ne se pose. Ils s’accommodent de toutes les situations et de toutes les idéologies en autant qu’elles leur soient profitables. Pour le commun des mortels, c’est très différent. Quand il faut réaménager ses valeurs et ses convictions pour adapter sa conscience et sa morale à une nouvelle situation avec laquelle on n’est pas très confortable, ça crée des conflits et des tiraillements avec lesquels il est parfois très difficile de vivre. Il y a eu de nombreux cas dans l’histoire. On n’a qu’à penser aux Allemands qui n’étaient pas d’accord avec Hitler et aux habitants des pays occupés par les nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale.

 

Ce qui m’a fait repenser à ce film est quelque chose que j’ai entendu aux nouvelles il y a quelques semaines. Le rédacteur en chef d’une publication chrétienne évangélique américaine, Mark Galli, a écrit dans l’éditorial de son magazine qu’il était en faveur de la destitution du président américain Donald Trump parce qu’il jugeait que celui-ci n’avait plus l’autorité morale nécessaire pour diriger le pays. Rappelons que 80% des chrétiens évangéliques blancs avaient voté pour Trump aux élections de 2016. La réaction de la majorité des chrétiens évangéliques blancs n’a pas tardé. Ils se sont ralliés derrière leur président malgré son refus de condamner les mouvements suprématistes blancs dont l’idéologie et les objectifs sont les mêmes que ceux des nazis, malgré sa décision controversée de séparer les enfants des immigrants illégaux de leurs parents à leur arrivée à la frontière américaine et de les enfermer dans des cages, et malgré sa conduite personnelle qui va complètement à l’encontre de tous les commandements de Dieu et des enseignements du Christ.

 

À un niveau plus personnel, ce film est aussi une histoire de conversion, de pardon et de libération. Dans une scène très émouvante, on voit le personnage principal, dont le métier était de traquer et de capturer les Indiens pour les vendre comme esclaves, et qui a tué son frère lors d’une querelle au sujet d’une femme que tous les deux convoitaient, faire la pénible ascension d’une falaise en tirant derrière lui son armure et ses armes pour expier ses fautes et obtenir le pardon de ceux-là même qu’il avait pourchassés. Plus tard, il devra décider s’il doit reprendre les armes pour défendre les Indiens et la mission.

 

Dans le premier article que j’ai publié dans ce blogue, j’ai indiqué mon intention de parler des expériences déterminantes que j’ai vécues, des personnes importantes que j’ai rencontrées, mais aussi des livres que j’ai lus, des chansons que j'ai entendues et des films que j’ai vus qui ont contribué à façonner ma façon de voir et de comprendre les choses que je considère importantes dans la vie. Je ne juge pas de la valeur d'un film d'après ce qu'en disent les critiques, en fonction des revenus qu'il a générés ou pour ses qualités cinématographiques mais pour ce qu'il m'a apporté. C’est ce qui m’a amené à vous parler de ce film dont voici un court extrait :

 

https://www.youtube.com/watch?v=Ui91q7Y9xPk

 

 

P.-S. : Une autre raison qui m'a fait penser à ce film est que je l'avais offert en cadeau à ma tante Martha, en format VHS, et qu'elle le regardait à chaque année à ce temps-ci de l'année, pendant le temps des Fêtes. Elle est décédée au primtemps 2013. Elle m'a toujours encouragé dans toutes mes entreprises et je suis certain qu'elle aurait aimé lire cet article.

 



30/12/2019
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