Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Mon cousin Jacques

La dernière fois que j’ai vu Jacques, c’est il y a quelques années. Nous venions d’avoir 65 ans et nous avons gravi ensemble, dans la lumière dorée d’un bel après-midi d’automne, le sentier étroit et rocailleux qui monte vers le ciel et les nuages. Arrivés au sommet de la montagne, nous nous sommes retournés pour regarder la vallée et la rivière qui coule vers le fleuve, le long fleuve qui coule doucement vers la mer près de laquelle nous sommes nés. Pour moi, ça a été comme si nous jetions un dernier regard sur notre jeunesse et notre passé. Nous sommes lentement redescendus vers la vallée où nous allions bientôt entrer dans une nouvelle saison, celle des plages désertées et de la terre gelée qui craque sous nos pas, la saison de la solitude et du vent qui gémit derrière les portes closes.

 

 

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Jacques et moi, nous avons vécu nos vies chacun de notre côté, à la fois très proches et très éloignés. On se voyait ou on se téléphonait de temps en temps, à intervalle régulier, à différentes étapes de notre parcours : célibataires, mariés, séparés, divorcés, et on se racontait nos vies, et on se parlait de ce qu’on avait fait et de ce qu’on avait le goût de faire. Ce qui a fait que nous sommes toujours restés unis et rapprochés malgré la distance qui nous séparait, c’est une hérédité quelquefois bien dure à porter : des problèmes de claustrophobie, d’agoraphobie, des crises de panique et de l’anxiété. Nous nous parlions des problèmes que nous avions et nous célébrions nos petites victoires. Nous avons combattu et nous avons fait de notre mieux avec ce que nous avions. Moi, j’ai pris l’avion avec mon vélo pour aller visiter la France et l’Irlande ; Jacques est allé à l’autre bout du monde, à Singapour, pour donner des spectacles dans une langue qui n’était pas la sienne.

 

Nous n’avons pas gagné toutes nos batailles, nous en avons même perdu plusieurs, mais nous n’avons jamais baissé les bras. Malgré l'ombre et l'obscurité, nous avons toujours fini par pencher du côté de la lumière. Ce n’est pas pour rien que pour fêter nos 65 ans nous avons choisi de gravir une montagne pour nous rapprocher du soleil.

 

Je dédie cette très belle chanson de Paul Piché à mon cousin Jacques :

 

https://www.youtube.com/watch?v=s5NC_FbsDsU

 

J’aimerais ajouter cette chanson de Leonard Cohen qui parle de la liberté que nous avons, nous aussi,  cherchée à notre façon :

 

https://www.youtube.com/watch?v=3c8ViTENxu0

 

 



05/12/2019
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