Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Les fissures du vieillissement

Dans un de ses romans, Milan Kundera met la phrase suivante dans la bouche d’un de ses personnages : « La mort devient réelle quand elle commence à pénétrer l’homme de l’intérieur par les fissures du vieillissement. »

 

Il est bien évident que la mort devient quelque chose de moins en moins abstrait et de plus en plus réel au fur et à mesure qu’on avance en âge et qu’on commence à en sentir les manifestations dans son corps et quelquefois aussi dans son esprit. C’est un peu comme être devant un barrage dans lequel on voit apparaître ici et là des fissures (pour reprendre le mot de Kundera) qui tôt ou tard finiront par le faire éclater en morceaux. On peut du mieux qu’on peut colmater ces fissures mais on sait que le combat est perdu d’avance. Confrontés à une telle réalité, on pourrait s’attendre à voir des gens courir dans toutes les directions en pleurant et en s’arrachant les cheveux.  Il n’en est rien. En général, à moins d’être sérieusement handicapés physiquement et mentalement, les gens acceptent les petits bobos liés au vieillissement et continuent à vivre malgré tout dans une relative sérénité. J’ai même lu quelque part que les gens de 65 ans et plus affirment être plus heureux et profiter plus de la vie que quand ils avaient quarante ans. Pourquoi ?

 

La vérité c’est que malgré notre peur de mourir, personne n’aimerait vivre éternellement sur cette terre. Si on pouvait espérer vivre pendant mille ans, il y a trop de choses qui pourraient vraisemblablement nous arriver (guerres, famines, cataclysmes naturels, répression politique ou religieuse, maladies de toutes sortes). Arrivés à la retraite, on se dit que si on a pu jusque-là échapper aux choses les plus horribles et effroyables qui auraient pu nous arriver, ça va probablement continuer pendant les quelques années qu'il nous reste encore à vivre. Si on n’a pas été torturés et privés de notre liberté, si on n’a pas été accusés injustement d’un crime qu’on n’a pas commis, si on n’a pas vécu à certains endroits et à certaines époques, on se dit qu’on s’en est somme toute assez bien tirés, et que la mort qui nous attend au tournant nous mettra définitivement à l’abri de ce qui pourrait nous arriver de désastreux dans le futur si on s’avisait de vivre trop longtemps.

 

Je pense souvent à ces enfants qui souffrent d’une maladie qui les fait vieillir prématurément. Arrivés à l’âge de douze ans, ils ont le corps usé et meurtri d’un vieillard de quatre-vingts ans. Je me dis que c'est à la fois injuste et cruel de sentir « la mort nous pénétrer de l’intérieur par les fissures du vieillissement » quand on a à peine commencé à vivre.

 



07/05/2018
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