Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Le troisième canard

C’était il y a environ une semaine. Il était près de huit heures du soir. Maria et moi finissions notre randonnée en kayak. Je me suis approché de trois canards qui flottaient tranquillement sur l’eau. J’ai essayé de pagayer sans faire de bruit, mais je les ai surpris et ils se sont envolés. Ils se sont mis à courir à la surface de l’eau en battant rapidement des ailes. Les deux premiers ont décollé vers le ciel et sont allés se perdre dans lumière rose et bleue du soleil couchant. Le troisième n’a pas pu décoller. Au bout de sa course, il a piqué de la tête dans la rivière et n’est pas remonté à la surface. Maria, qui était un peu plus loin, a aussi vu ce qui s’était passé. Nous avons attendu en vain quelques minutes pour voir si le troisième canard allait sortir de l’eau mais nous ne l’avons jamais revu.

 

Je me sentais triste et un peu responsable de la disparition de ce canard que j’avais effrayé. Je suis allé dans Google pour tenter de trouver une explication. Tout ce que j’ai pu trouver, c’est que l’envol représente pour un canard une énorme dépense d’énergie au niveau cardiaque. Je me suis dit que le pauvre canard avait probablement fait une crise cardiaque. J’ai pensé aux deux premiers qui avaient réussi à s’envoler et je me suis demandé ce que représentait pour eux celui qu'ils ne reverraient jamais. Est-ce que c’étaient des amis ou des membres d’une même famille ? Est-ce que le troisième était plus vieux que les deux autres et que c’était dans l’ordre des choses qu’il soit le premier à mourir ? Comment allaient réagir les deux premiers en voyant que le troisième n’était plus là ?  

 

Il y a quelques jours, j'ai trouvé Maria qui pleurait assise sur la galerie de notre chalet. Elle tenait au creux de la main un colibri qui venait d’être blessé par un de nos chats qui l’avait attaqué uniquement parce que c’est dans sa nature de le faire. Elle pleurait en flattant délicatement le minuscule oiseau qui ne bougeait plus. Finalement, l’oiseau a repris ses sens et s’est envolé. Je me suis demandé, et je me demande encore, s’il était parti avec des blessures qui ne guériront jamais.  

 

Il y a tellement de souffrance et de violence dans la nature. C’est difficile de trouver un sens à tout cela, à part profiter de ce qui est beau tout en continuant à vivre et à être heureux malgré tout ce qui ne l’est pas.

 

 

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20/08/2019
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