Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Deux ermites

Comme le suggère le titre que j’ai choisi pour mon blogue, je suis un solitaire. Je suis un solitaire mais je suis loin d’être un ermite. Je suis solitaire à la façon de Jean-Jacques Rousseau qui nous confie dans ses Rêveries du promeneur solitaire qu’il avait besoin de longs moments de solitude pour rêver et mettre de l’ordre dans ses pensées mais qui, lui aussi, était marié et ne vivait pas seul comme un ermite.

 

Dans ce texte, je vais vous parler de deux ermites que je n’ai pas rencontrés personnellement mais dont j’ai entendu parler. La raison pour laquelle j’ai voulu écrire à leur sujet est que les ermites m’ont toujours fasciné, non pas parce que je voudrais les imiter, mais parce qu’ils ont une force intérieure que j’admire mais que je n’ai jamais eue et que je sais que je n’aurai jamais. Ces deux ermites ont en commun que leur choix de vivre en solitaire est étroitement lié à leur cheminement spirituel. J’aurais pu écrire sur ces aventuriers qui traversent l’océan en solitaire, sur les gardiens de phares à l’époque où il y en avait encore ou sur ce gars qui passait des mois seul dans le Grand-Nord canadien pour étudier les loups, mais j’ai préféré me limiter  à des ermites qui le sont devenus pour répondre à ce qu’ils considèrent comme un appel ou une vocation.

 

Elle a 49 ans et vit seule dans une forêt située dans une région montagneuse du centre du Vietnam, une région où le climat est plus frais et où les jeunes filles qui font partie du groupe ethnique qui y habite depuis des siècles ont le teint légèrement rosé. C’est la sœur de ma femme, Hong Hoa, qui l’a rencontrée quand elle est allée passer quelques semaines dans une communauté de nonnes bouddhistes près de la ville de Dalat. L’ermite a des contacts avec les nonnes de Dalat - c'est comme ça que Hong Hoa a pu faire sa connaissance - malgré qu'elle ne fasse pas partie de leur communauté. Elle a dit à Hong Hoa qu'elle était devenue bouddhiste à l’âge de dix ans. Je ne sais pas ce qu’elle était avant et ce qui a bien pu se passer dans sa vie à ce jeune âge pour qu’elle puisse dire que c’est à ce moment-là qu’elle est devenue bouddhiste : peut-être une révélation ou un appel. Avant de devenir ermite, elle était déjà une nonne bouddhiste depuis plusieurs années. Elle avait fait un doctorat et donnait des conférences un peu partout au Vietnam.

 

Elle a une maison, une petite pagode et un jardin de fleurs et de plantes médicinales. Elle partage sa vie entre la prière et la méditation, et le travail physique. Elle produit elle-même ses aliments. Hong Hoa a dit à ma femme que le repas entièrement végétarien qu’elle lui a préparé était savoureux et lui avait donné de l’énergie.

 

 

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La nonne bouddhiste devenue ermite

 

 

Il y a beaucoup de questions que j’aimerais poser à cette nonne sur sa conception de Dieu, comment elle médite, où elle achète son papier toilette, si elle s’intéresse à ce qui se passe dans le monde, et surtout, pourquoi elle a pris la décision de devenir ermite.

 

J’ai ensuite voulu comparer la vie d’un ermite chrétien avec celle de la nonne bouddhiste vietnamienne dont je viens de vous parler pour voir s’il y avait des similitudes et des différences. J’ai trouvé dans YouTube un petit film intitulé Seul avec le seul au sujet d’un moine franciscain français qui, depuis 27 ans, vit seul dans un chalet de montagne dix mois par année. En été, il rejoint sa communauté. Il doit avoir autour de 75 ans. Il a l’air paisible et serein. Il partage sa vie entre la prière et l’exercice physique. Il fait de la marche et du ski de fond. Il n’a pas l’air de travailler trop dur. Sa décision de se retirer du monde lui est venue après qu’un couple sans enfants a laissé son chalet en héritage à la communauté qui ne savait pas trop quoi en faire. Il s’est proposé d’aller y vivre seul, en ermite, pendant une grande partie de l’année. Sa communauté a accepté. C'est comme ça qu'il est devenu un ermite. 

 

Il nous confie qu’il vit avec ses pensées, que le soir est pour lui un passage creux qui est plus difficile à vivre. Il nous dit aussi qu’il ne lui manque rien pour vivre mais qu’il lui manque beaucoup à l’intérieur, qu’il ne s’est pas fait ermite pour trouver Dieu parce qu’on ne trouve jamais vraiment Dieu, qu’on se souvient très bien du mal qu’on a fait mais très peu du bien qu’on a pu faire, et qu’il ne faut surtout pas revenir sur le passé. Voici le lien pour la vidéo :

 

https://www.youtube.com/watch?v=lIPVZSyXllw

 

Pour ma part, ce que j'ai vécu qui se rapproche le plus de la vie d'un ermite est quand j'ai décidé, deux années de suite, de passer une semaine seul à notre chalet. C'était avant les téléphones cellulaires et nous n'avions pas le téléphone et la télé au chalet. Comme dit le moine franciscain dans le reportage, c'est le soir que c'est le plus difficile. Pendant la journée, je faisais du kayak et des petits travaux. Je réchauffais au micro-onde les petits plats que Maria m'avait préparés, je lisais et j'écoutais de la musique.

 

C'était parfait pendant deux ou peut-être trois jours. Après ça, je commençais à m'ennuyer et à trouver le temps long, et mes pensées devenaient de moins en moins positives. C'était comme une libération quand je voyais arriver Maria avec son grand sourire et les petites histoires qu'elle avait à ma raconter sur ce qui s'était passé à  son travail et dans le voisinage.

 

Non, décidément, même si j'ai souvent besoin d'être seul pour rêver et penser, je ne suis pas fait pour être un ermite.



12/06/2019
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