Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Contumace

Contumace, c’est le titre d’une chanson de Félix Leclerc. Si vous êtes comme moi, c’est peut-être la première fois que vous lisez ou entendez ce mot. J’ai donc cherché, pour vous et pour moi, sa définition. La voici : « État de celui qui, accusé d’un crime, ne comparaît pas ou s’est échappé avant que le verdict soit prononcé. » Voici les paroles de la chanson :

 

 

Un habitant d'l'Ile d'Orléans philosophait
Avec le vent, les petits oiseaux et la forêt
Le soir venu à ses enfants il racontait

Ce qu'il avait appris là-haut sur les galets

Un beau matin, comme dans son champ, près du marais
Avec son chien, en sifflotant, il s'engageait
Deux hommes armés à collet blanc lui touchent le dos
Très galamment, en s'excusant, lui disent ces mots

« Monsieur, monsieur, vous êtes sous arrêt
Parc'que vous philosophez
Suivez, monsieur, en prison vous venez
Pour philosopher apprenez
Qu'il faut d'abord la permission
Des signatures et des raisons
Un diplôme d'au moins un maison spécialisée... »

Ti-Jean Latour, à bicyclette, un soir de mai
Se dirigeait, le cœur en fête, chez son aimée
Et il chantait à pleins poumons une chanson
Bien inconnue dans les maisons d'publication

Mes deux zélés de tout à l'heure passant par là
Entendent chanter l'homme dont le cœur gaiement s'en va
Sortent leur fusil, le mettent en joue sans hésiter
Et lui commencent ce discours pas trés sensé

« Ti-Jean, Ti-Jean, te voilà bien mal pris
Parce que tu chantes sans permis
As-tu ta carte ? Fais-tu partie de la charte ?
Tu vois bien, mon Ti-Jean Latour
Faut qu'tu comparaisses à la cour
Apprends que pour d'venir artiste
Faut d'abord passer par la liste des approuvés... »

Et en prison Ti-Jean Latour et l'habitant
Sont enfermés à double tour pendant deux ans
Puis quand enfin l'autorité les libéra
Ecoutez bien mesdames, messieurs, ce qu'elle trouva :

Un homme savant et un compositeur
Heureux, grands et seigneurs...
On les pria d'accepter des honneurs
Mais l'habitant en rigolant
S'enfuit en courant dans son champ
Pendant qu'à bicyclette Ti-Jean
Reprit sa route en chantonnant tout comme avant...

 

 

Voici le lien pour écouter la chanson dans YouTube :  https://www.youtube.com/watch?v=0m6jBBKoDbI

 

 

Le but de cet article n’est pas de décortiquer et d’analyser les paroles de la chanson mais de partager quelques réflexions à partir des thèmes qui y sont abordés. La première chose qui me vient à l’esprit est que Félix Leclerc, qui est décédé en 1988, serait sans doute bien surpris et étonné de voir toutes les possibilités que nous offrent les réseaux sociaux de partager instantanément nos écrits, notre musique et nos chansons avec un nombre presque illimité de personnes un peu partout dans le monde. On n’a pas besoin d’avoir accès à un journal, à une maison d’édition ou à un studio d’enregistrement pour diffuser ses idées, ses opinions et ses créations artistiques. On n’a qu’à s’abonner à Facebook, à Twitter ou à YouTube. On peut aussi, comme moi, créer gratuitement un blogue et y mettre à peu près tout ce qu’on veut. Il y a même des logiciels qui sont de véritables studios d’enregistrement à la disposition des musiciens.

 

Dans l’esprit de Félix Leclerc, du moins dans ce qu’il nous raconte dans sa chanson, l’expression artistique et la culture étaient, à une époque pas si lointaine, contrôlées par les autorités et les spécialistes qui déterminaient ce qui était acceptable et ce qui n’était pas. Il fallait avoir une certaine légitimité ou une notoriété, non seulement pour créer, mais également pour pouvoir diffuser publiquement ses œuvres. L’idée des deux gars qui sont arrêtés et condamnés par contumace, le premier pour avoir philosophé « sans avoir un diplôme d’au moins une maison spécialisée » et le deuxième pour avoir « chanté à plein poumons une chanson inconnue des maisons de publication » est un peu farfelue mais ça illustre bien ce que Félix Leclerc voulait nous communiquer dans sa chanson.

 

Aujourd’hui, alors que tout le monde peut s’exprimer avec la même liberté sur les réseaux sociaux, il y a une deuxième idée qui me vient à l’esprit. C’est que cette liberté peut avoir des conséquences autant positives que négatives. Avant de vous parler de ce que je considère négatif, je vais vous parler de ce qui est pour moi positif. Si je n’avais pas mon blogue pour m’exprimer, j’aurais sans doute un journal dans lequel j'écrirais sur ce que la vie m’a appris et sur ce que je pense de différents sujets. La technologie m’offre une plateforme idéale pour partager mes écrits avec quelques amis et membres de ma famille. Et si comme je le fais dans le présent article, je vous parle d’une chanson, je peux inclure un lien pour que vous puissiez l’écouter. Et si je vous parle d'un livre, je peux même mettre une photo du livre en question. En plus, vous pouvez réagir à ce que j’écris en m'écrivant vos commentaires. C’est fantastique !

 

Par contre, quand j’ai parlé de mon blogue à mon cousin qui exerce le métier d’artiste en lui suggérant d’en créer un lui aussi, sa première réaction a été de me demander de quelle façon les droits d’auteurs étaient protégés sur une telle plateforme. Je ne m’étais jamais arrêté à penser que quelqu’un voudrait s’approprier le contenu de mes écrits comme s’il s’agissait d’œuvres littéraires ou de traités philosophiques, mais j’ai compris son point de vue que je trouve très légitime.

 

Le contenu de ce qui est affiché en ligne n’est pas contrôlé avec la même rigueur et avec le même souci de préserver les droits d’auteur que dans les journaux, les livres ou à la télévision. Il en est de même pour ce qui est de la réputation des personnes et de la vérité. Tout le monde sait qu'il y a de nombreuses fausses nouvelles et théories de conspiration qui circulent en ligne. En plus, il y a aux États-Unis un président qui dénigre les médias d’information qui font preuve intégrité et de professionnalisme dans leur couverture des nouvelles, et qui privilégie de ténébreux réseaux d’information qui propagent la haine et le racisme mais qui le soutiennent aveuglément et sans condition.

 

La troisième idée que j’aimerais exprimer est que même si tout le monde jouit de la même liberté de s’exprimer en ligne, tout le monde n’a pas le même statut et le même impact. Il y a des vidéos dans YouTube qui sont vues par des millions de personnes, et qui exercent une influence énorme, qu’il est très difficile de mesurer, sur ceux et celles qui les regardent. On n’a qu’à penser à la campagne orchestrée dans Facebook par les russes pour favoriser l’élection de Donald Trump ou encore, de façon plus positive, au mouvement que des jeunes de l’école de la Floride où a eu lieu la dernière fusillade sont en train de mettre sur pied à l’aide des réseaux sociaux et des médias traditionnels pour combattre le laxisme des lois américaines concernant les armes à feu. En fait, peu importe le but recherché et quelle que soit la notoriété qu'on peut avoir ou ne pas avoir, pour le meilleur et pour le pire, chacun peut trouver la place qui lui convient sur les réseaux sociaux.

 

Pour conclure, je vous dirais que je me considère très chanceux de vivre à une époque et dans une société qui m'offre la possibilité de m'exprimer librement et de pouvoir partager mes écrits comme jadis seuls les véritables écrivains et philosophes pouvaient le faire. Je suis un peu comme le premier gars dans la chanson Félix. Je « philosophe avec le vent, les petits oiseaux et la forêt », et à défaut d’avoir des enfants à qui « raconter ce que j’ai appris là-haut sur les galets », c’est à vous que je confie mes pensées et mes rêveries. Si la chanson dont je vous ai parlé dans cet article vous inspire, n’hésitez pas à m’écrire vos commentaires.

 



20/02/2018
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