Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Plaisir, bonheur et sérénité

Le plaisir est lié aux sens. Les publicités pour le club Med ou les croisières dans les Caraïbes et en Méditerranée en sont la meilleure illustration : des paysages exotiques, des mets savoureux qu’on n’a pas besoin de préparer, l’alcool qui coule à flot, la danse, la musique et les massages. Tout le monde est beau (grand, pas trop maigre et pas trop gros), jeune, toujours souriant et décontracté. Il y a quelquefois des vieux mais ils sont toujours grands et minces avec une belle chevelure argentée.

 

Le plaisir se situe surtout au niveau du corps mais pas uniquement du corps. On peut avoir du plaisir à lire un bon livre. Le contraire du plaisir, c’est la douleur et la souffrance : la faim, la soif, la fatigue, le froid et la chaleur extrêmes, les maux de tête, l’arthrite, la fibromyalgie, etc. Dans le monde actuel, ce qui illustre le mieux le contraire du plaisir, ce sont les camps de prisonniers de la Corée du Nord, mais il y a malheureusement beaucoup d’autres endroits dans le monde, souvent très près de nous, où le plaisir est absent et la souffrance omniprésente.

 

Le bonheur se situe plus au niveau de l'esprit. C’est la joie profonde qu’on a de vivre dans la paix et un relatif confort entouré de ceux qu’on aime. L’image qui me vient à l’esprit pour illustrer le bonheur est cette scène à la fin du film Le château de ma  mère ou l’on voit deux jeunes familles réunies autour d’une table dans le jardin d’une maison de Provence, au milieu des fleurs et du chant des oiseaux, et qui ne savent pas que quelques années plus tard la guerre viendra détruire ce qui les rend heureux. Le contraire du bonheur est bien sûr le malheur et le désespoir qui sont associés à la solitude, à la maladie et à la mort.  Pour l'illuster, j'imagine un vieillard qui vient de perdre son conjoint ou sa conjointe. Il ou elle est assis(e) seul(e) devant le néant, sur un banc face à un lac, entouré de fleurs et grands arbres, au milieu de gens trop occupés à vivre leur bonheur pour se rendre qu’il ou elle est là avec son bonheur détruit et sa souffrance infinie.

 

Il y a, à mon avis, deux conceptions différentes de la sérénité avec deux chemins différents pour l’atteindre. Puisque la sérénité est censée transcender ce qui est généralement associé au plaisir et au bonheur, elle s’apparente à ce que l'on désigne sous le terme un peu flou d'âme. Il y a une tradition religieuse qui enseigne à ses adeptes qu’en utilisant des techniques comme la prière, le yoga et la méditation, il est possible de s’affranchir de ses passions, de ses émotions et de ses instincts pour accéder à un niveau de conscience supérieur qui conduit au nirvana ou la sérénité parfaite. Les images qui illustrent ceci sont celles du Bouddha, de saints auréolés de lumière, quelquefois de l’océan et de majestueux paysages de montagne. Il y a aussi une littérature et une musique associées à cette conception de la sérénité.

 

Dans l’autre conception, c’est la sérénité, qui de façon irrationnelle et un peu mystérieuse, vient vers nous au moment où on s’y attend le moins. Je vous donne un exemple personnel que j’ai mentionné dans un de mes articles en anglais. Je me rends au travail en étant très conscient que je sens l’alcool parce que j’ai trop bu la veille, et en me demandant combien de temps la situation va pouvoir encore durer avant que je perde ma santé et mon emploi. Je sens tout à coup une grande sérénité qui m’envahit et j’ai la certitude que ça ira mieux. Même si je ne crois pas que cette expérience soit liée à une quelconque tradition religieuse, elle correspond, selon moi, assez bien à ce que certaines religions appellent la grâce.

 

Ce qui illustre le mieux cette conception de la sérénité que je qualifierais de gratuite et de spontanée, c’est la poésie et la musique. Je mentionne dans un autre article le poème Sensation de Rimbaud dans lequel il parle de cet amour infini qui nous monte quelquefois dans l’âme. On peut aussi penser à la Neuvième symphonie que Beethoven a écrite après être devenu sourd. Le contraire de la sérénité, c’est sans doute l’angoisse et la peur : l’angoisse de voir dépérir ce corps qui est le véhicule de ce qui nous apporte le plaisir, et la peur de perdre toutes ces choses éphémères et fragiles qui nous rendent présentement heureux.

 

Au cours de leurs vies, dépendant des circonstances, les humains passent successivement du plaisir à la douleur et du bonheur au malheur. Par contre, il y en a très peu qui atteindront cet état de détachement absolu qui leur permettra de vivre dans une perpétuelle sérénité, mais je suis persuadé qu’il y en a plusieurs qui, comme moi, ont vécu quelques instants privilégiés de grande sérénité dont ils garderont toujours le souvenir enfoui au fond de leur cœur. C'est souvent la seule arme qu'ils auront pour faire face au désespoir.

 



02/04/2018
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