Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Mon pays bleu

“Moi, j’ai quitté mon pays bleu et je n’ai pas su lui dire adieu”

 

Si vous avez, comme moi, un certain âge, vous vous souvenez sans doute de cette chanson de Roger Whittaker. Le pays bleu qu’il nous chante, c’est son enfance qu’il compare à un château qui s’est envolé. C’est une chanson dans laquelle il nous parle du monde enchanté et féérique de son enfance, mais aussi de sa mère qui a un jour dû partir au pays des souvenirs.

 

https://www.youtube.com/watch?v=bI7fsjqSUSw

 

Que dire ou écrire au sujet de l’enfance quand elle est déjà tellement loin ? Pour commencer, je vous dirais que l’enfance est pour moi, avec le recul, une étape de la vie comme les autres, avec ses joies et ses peines, ses moments de grand bonheur mais aussi d’angoisse. Ce qui la caractérise, c’est un état d’esprit et un rapport avec le temps très différents ce ceux du monde des adultes. Cet état d’esprit, je crois qu'on pourrait le décrire avec des mots comme insouciance, innocence, spontanéité, découverte.

 

Malheureusement, l’enfance n’est pas toujours ce qu’elle devrait être. Ça dépend d’où on la vit, avec qui et à quelle époque. Pour pouvoir s’abandonner à l’insouciance et à l’innocence, pour être spontané et pour expérimenter la joie de la découverte, ça prend un environnement sécuritaire et stimulant. Ça prend surtout de l’amour et de l’attention. Comme pour tout le reste, la vie est injuste. Il y a des enfants qui reçoivent plus d’amour et d’attention pendant une seule journée que d’autres pendant toute leur enfance.

 

Cette notion de l’enfance vue comme un âge d’or est relativement récente dans l’histoire de l’humanité, et même aujourd’hui, pas très répandue. On n’a qu’à penser à tous les pays où de très jeunes enfants travaillent de longues heures, et dans des conditions sordides, dans des manufactures ou dans des mines. Dans nos pays industrialisés, il n’y a pas si longtemps, c’était le sort réservé à plusieurs enfants. Il n’y a qu’à lire Émile Zola, Victor Hugo ou Charles Dickens pour s’en convaincre. Même les doux souvenirs que la comtesse de Ségur nous raconte dans ses livres ne nous disent pas tout. Avant l’époque des enfants-rois, qui est apparue il n’y a pas si longtemps dans nos sociétés, même les enfants des rois étaient loin d’être traités comme des rois. Ils étaient élevés par des nourrices et ensuite par des gouvernantes. Ils avaient très peu de contacts avec leurs parents et très peu de marques d’affection.

 

On parle souvent des enfants à qui on a volé leur enfance par des abus sexuels ou une discipline draconienne dénuée d’amour, de compassion et de tendresse. Et il y a tous ces enfants enlevés à leurs parents pour en faire des enfants soldats à qui on apprend à torturer et à tuer plutôt qu’à aimer et à s’entraide; il y a aussi des enfants de parents alcooliques ou drogués qui naissent avec une dépendance que d’autres leur ont léguées; il y a eu les enfants séparés de leurs parents à leur arrivée dans les camps de la mort et ceux qui sont maintenant séparés de leurs parents à leur arrivée à la frontière américaine.

 

Il n’en reste pas moins que l’enfance, quand elle est vécue dans des conditions, sinon parfaites mais à tout le moins normales, est une période magique dont la plupart, comme moi, gardent de très bons souvenirs : tous les moments passés ensemble, en famille, dans la chaleur et le confort de la maison quand il faisait froid et que le vent soufflait à l’extérieur, les soirées d’été où nous chantions en contemplant les étoiles, assis par terre autour d’un feu de camp, quand j’étais dans les scouts, les départs de voyages en famille, encore un peu endormi dans la voiture qui roulait dans l’aube naissante et le matin frais, les retours quelques semaines plus tard et la redécouverte de notre maison et notre voisinage; ou encore quand on allait patiner, glisser ou tout simplement jouer dans la neige, et qu’on rentrait avec le nez et les oreilles un peu gelés, et qu'un repas chaud nous attendait.

 

L’enfance c’est quand on apprend sa langue maternelle, qu’on découvre le plaisir d’apprendre à lire et à compter, qu’on découvre les milliers de choses qui nous entourent, que chaque saison est un monde nouveau qui commence, qu’on marche pour la première fois dans les feuilles mortes et qu’on entend couler le ruisseau libéré des glaces de l’hiver, qu’on mange pour la première fois des fraises et des framboises, qu’on sent le parfum des pins et des rosiers sauvages se mélanger à l’air salé de la mer, qu’on entend chanter les oiseaux, qu'on entend les vagues de la mer et le train qui siffle en traversant le pont de fer. Toutes ces sensations, ces images, ces odeurs et ces sons, ce sont les sensations, les images, les odeurs et les sons de notre enfance qui nous accompagnent jusque dans notre vieillesse.

 

Mon enfance n’est pas faite que de bons souvenirs. L’enfance est la période pendant laquelle j’ai découvert que j’étais anxieux et que j’allais probablement le demeurer pour le reste de ma vie.  C’est aussi l’époque où j’ai senti pour la première fois cette douleur dans les yeux qui ne m’a jamais quittée. Il y a eu tous les déménagements où, à chaque fois, je devais me refaire une vie, m’adapter à un nouvel environnement, me faire de nouveaux amis. Et il y a eu, bien sûr, la relation tumultueuse que j’ai eue avec mon père alcoolique, mais de qui je garde malgré tout un bon souvenir grâce aux valeurs qu’il m’a transmises et aux efforts qu'il a faits pour m'apporter le meilleur de ce qu'il était.

 

On n’entretient pas le même rapport avec le temps quand on est enfant. Le temps passe plus lentement et on a l’impression qu’on aura le temps de tout faire. Plus on vieillit, plus le temps s’accélère, et plus on se rend compte qu’on n’aura le temps de faire qu’une infime partie de ce qu’avait prévu de faire. Mais notre enfance reste toujours présente en nous. C’est comme si le temps qui nous en sépare raccourcit au fur et mesure que les années avancent.

 

Il y a deux très belles chansons qui parlent de l’enfance que j’aime beaucoup, une en français et l’autre en anglais. La première est d’Adamo. Vous l’aurez deviné, c’est Le ruisseau de mon enfance.

 

« Coule, coule mon enfance au fil des souvenirs. C’est un jeu perdu d’avance que de la retenir. »

 

https://www.youtube.com/watch?v=FMp8LC9G_X0

 

 

La chanson en anglais vient du Pays de Galles. Elle s’intitule When We Walked to Merthyr Tydfil et elle est de Max Boyce.

 


« We were boyish dreamers in a world we didn’t know when we walked to Merthyr Tydfil in the moonlight long ago. »

 

https://www.youtube.com/watch?v=I1SwvWFceyM

 

 

 



13/04/2019
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