Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Mon amour oublié

Je suis un romantique. J’ai toujours été ému par les histoires et les chansons d’amour. Quand j’étais plus jeune, je faisais le fanfaron devant mes copains pour ne pas montrer jusqu’à quel point j’étais touché par les paroles d’une chanson. Maintenant que j’ai l’âge que j’ai, je n’ai plus rien à prouver et plus personne à impressionner. Je suis comme je suis et je ne veux pas changer, de toute façon il serait trop tard pour le faire.

 

Il y a quelque chose de tragique et d’immensément triste dans un amour qui ne peut pas vivre librement et s’épanouir. C’est quelque chose que l’on retrouve à toutes les époques et dans toutes les cultures. C’est l’histoire de Roméo et Juliette qui ont choisi de mourir ensemble plutôt que de vivre séparés. C’est aussi l’histoire du film Love Story [1]. Après avoir surmonté des difficultés pour pouvoir vivre ensemble, elle meurt à l’âge de vingt-cinq ans, et il reste seul à pleurer.

 

Dans cet article, je vais vous raconter une histoire d’amour, tragique elle aussi, mais qui a connu un dénouement différent. C’est une histoire vraie que Maria m’a racontée il y a quelques mois. Ce matin, je lui ai demandé de me rappeler les détails que j’avais oubliés. Laissez-moi vous la raconter.

 

Elle avait 17 ans et elle était très belle, mais elle venait d’une famille pauvre. Avec ses parents, elle se rendait régulièrement au marché de Saigon pour vendre des fruits et des légumes. Un jour, il l’a aperçue. Elle lui est, comme on dit, tombé dans l’œil. Il était beau et venait d’une famille riche. Il était ce que les Vietnamiens appelaient un công tư qui est un peu l’équivalent d’un gentilhomme français ou d’un gentleman anglais. Il était sûr de lui, avait la parole facile et une grande aisance. Ils sont tombés amoureux et se sont promis qu’ils allaient vivre ensemble un amour éternel. Vous avez deviné la suite. Les parents du jeune homme riche se sont opposés à leur union. Ils avaient déjà trouvé un meilleur parti pour leur fils. 

 

Et c’est là que l’histoire prend une tournure différente. Ils ne se suicident pas ensemble comme Roméo et Juliette. Ils ne choisissent pas de se révolter contre la volonté des riches parents du jeune homme, et elle ne meurt pas tragiquement comme dans Love Story. Il finit par épouser la femme que ses parents avaient trouvée pour lui. Elle quitte le Vietnam pour aller vivre en France, marie un Français qu’elle n’aime pas vraiment, et n’oublie jamais celui qu’elle continue d’aimer secrètement dans son cœur.

 

En 1975, les communistes entrent dans Saigon. La famille du jeune homme perd sa fortune et ses privilèges. Sa femme meurt quelques années plus tard, et il doit s’occuper de ses parents devenus vieux et invalides. De son coté, en France, elle a perdu son mari et se retrouve seule dans son appartement. Elle pense encore à lui et décide de le retrouver. Elle le retrace par l’entremise d’une amie restée au Vietnam. Elle l’invite à venir passer quelque temps avec elle en France en espérant que ce sera pour toujours. Il refuse. Elle insiste. Il finit par accepter.

 

Elle va l’attendre à l’aéroport. Il a changé physiquement. C’est bien normal. Elle se dit qu’il y a des choses à l’intérieur qui ne changent pas, et qu’entre eux, tout va redevenir comme avant. Les jours passent mais rien ne se produit. Elle a l’impression d’être avec un étranger, un homme qu’elle n’a jamais connu. Il a perdu tout ce qui le rendait attrayant à ses yeux. Il est devenu amer et grossier. Il n’a plus cette belle assurance et cette prestance qu’elle aimant tant. Même sa façon de parler a changé. Un jour, après avoir fini de manger, il met les pieds sur la table et s’allume une cigarette. Elle lui demande gentiment d’aller fumer dehors. Il se fâche. Quelques jours plus tard, il part. Il retourne au Vietnam. Elle décide qu’il est temps de commencer à l’oublier.

 

Plus tard, elle confiera à ses amies qu’elle n’aurait jamais dû l’inviter, qu’elle aurait dû garder intacte l’image qu’elle gardait enfouie au fond de son cœur de celui qu’elle n’avait jamais cessé d’aimer. La réalité est venue détruire ses souvenirs.

 

En cherchant un titre pour cet article, j’ai pensé à une très belle chanson que Dalida chantait il y a longtemps dont le titre est Mon amour oublié. Cette chanson très simple et très courte m’émeut à chaque fois que je l’entends. Vous pouvez l’écouter dans YouTube :

 

 https://www.youtube.com/watch?v=4SxQMk6idgA

 

 



[1] C’est un film réalisé par Arthur Hiller en 1970 avec Ali MacGraw et Ryan O’Neil.



15/12/2017
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