Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Équilibre et déséquilibre

Dans un récent article, j’ai décrit la mort d’un jeune étudiant mexicain aux mains de policiers corrompus et de trafiquants de drogue. Je parlais de cet article ce matin avec mon ami  André au cours d’un de nos déjeuners de bonhommes. André m’a avoué qu’il n’avait pas pu finir de lire la scène horrible que j’ai décrite. Ça m’a amené à me demander pourquoi j’avais choisi de l’inclure dans mon article.

 

Un de mes objectifs en créant ce blog était de revenir sur ce que je considère des événements marquants de ma vie pour mieux comprendre l’impact qu’ils ont eu sur ce que je suis devenu. Quand je dis événement, ça peut vouloir dire quelque chose qui m’est arrivé personnellement ou qui est arrivé à quelqu’un de proche; ça peut aussi être quelque chose dont j’ai été témoin, ou même dont j’ai simplement entendu parler. Ces événements peuvent être des conversations, des livres, et même des chansons, bref c’est tout ce qui a contribué à m’inculquer et à consolider les valeurs qui sont devenues pour moi essentielles, mais également tout ce qui est venu remettre en question ces mêmes valeurs.

 

Le fait d’avoir découvert à l’âge de 25 ans qu’une majorité des militaires chiliens du régime Pinochet était des chrétiens évangéliques m’a fait remettre en question les convictions religieuses que j’avais à cette époque. Ça ne veut pas dire que tout s’est envolé en fumée. Je crois qu’à chaque fois que quelque chose d’horrible vient chambarder la vision rassurante et réconfortante que nous avions du monde, il y a des valeurs qui subsistent et qui serviront de base à la construction d’un nouvel édifice. Nous perdons nos illusions et pendant un certain temps l’espoir, mais ça revient sous une autre forme…plus épurée.

 

Ce que je veux dire, c’est qu’il y a des choses qui produisent en nous un déséquilibre, des choses qui nous font perdre nos balises et nos points de repère. Ce déséquilibre subsiste jusqu’à ce qu’on retrouve un autre sens à la vie et une autre raison d’espérer. Arrive alors une autre chose qui crée un autre déséquilibre suivi d’une autre période de reconstruction. C’est comme ça que ça se passe pour moi.

 

Je crois aussi que ce qui arrive à l’échelle individuelle se produit de la même façon dans les sociétés. L’Holocauste a ébranlé les fondements philosophiques et religieux de notre société occidentale chrétienne, en même temps que l’espoir que nous avions mis dans la notion nouvellement acquise que le progrès allait mettre fin aux injustices et aux souffrances de l’humanité.

 

L’horrible incident que j’ai décrit dans mon article fait partie de ces événements qui nous font désespérer de Dieu et de la nature humaine. Si une telle chose peut se produire, est-ce que notre monde a un sens ? Avons-nous encore une raison d’espérer? On peut essayer de se consoler en pensant à la générosité de tous ceux et celles qui, comme ce jeune Mexicain, ont eu le courage de risquer leur vie pour un idéal. Je pense aussi à Anabel Hernández, cette jeune journaliste mexicaine qui a été assassinée parce qu’elle avait voulu dénoncer la collusion entre des membres du gouvernement de son pays avec les trafiquants de drogue. On peut aussi sombrer dans le désespoir en se disant que devant tant d’horreurs, le sacrifice de ces quelques vies humaines ne fait pas le poids.

 

Je crois néanmoins que, ne serait-ce que pour honorer leur mémoire et leur courage, nous devons faire un effort pour continuer à espérer et pour ne pas les oublier. Nous leur devons au moins ça. C’est comme ça que j’arrive à retrouver mon équilibre.

 

 

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Anabel Hernández

 



30/12/2017
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