Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Un Nord-Américain francophone au pays de ses ancêtres

Cet article qui traite de l'identité décrit deux univers différents. Pour mieux marquer le contraste entre ces deux réalités, j'ai décidé d'utiliser deux langues différentes pour l'écrire.

 

Je suis allé en France après avoir vécu aux États-Unis pendant une dizaine de mois. C’était en 1976. J’avais 25 ans. J’ai pris l’avion à Ottawa avec mon vélo et je suis arrivé à Roissy. J’ai passé un peu plus d’un mois à visiter la Normandie, la Bretagne et le Val de Loire à vélo. Après ça. J’ai passé quelques jours à Paris avant de rentrer au Canada.

 

I had studied in a private high school where most of my teachers were from France (Some of them had come to Canada to do what was known as their "civil" instead of “military” service). We were learning the history of France more than ours, and we had to memorize poems by Ronsard, Musset and Lamartine as well as excerpts from great playwrights like Molière and Corneille. I still remember some of them. I had also studied French literature at the University of Ottawa, where again the majority of my professors were from France. Culturally, I considered myself more connected to the country where most of my ancestors came from than to the North American continent were I was born and where I had always lived.

 

En France, une des premières choses que j’ai notées était que les maisons n’étaient pas construites de la même façon qu’ici. Il n’y avait pas toutes ces rues qui se ressemblent comme on en trouve dans toutes les banlieues des villes nord-américaines, avec la voiture stationnée devant le garage et quelques arbres plantés autour de la maison. Après avoir roulé pendant quelques dizaines de kilomètres, j’ai eu le goût de boire quelque chose de froid et d’un peu sucré. Je me suis arrêté dans un genre de dépanneur ou épicerie pour m’acheter une orangina. J’ai cherché un cooler et je n’en ai pas trouvé. J’ai demandé au gars s’il avait de l’orangina froide. Il m’a regardé drôlement et m’a dit que son orangina était fraîche mais pas glacée. Quand je suis sorti, il m’a dit que les bouteilles étaient consignées.  Je ne connaissais pas le mot. Chez nous, on aurait dit que les bouteilles étaient retournables. Ça vient de l’anglais returnable mais je n’avais jamais fait le rapport.

 

That’s when I started to realize that there were a lot of small differences between the way we lived and the way they lived. The dépanneurs and grocery stores in Québec and the stuff that we could find in them (except of course for the booze) looked a lot more like the convenience and grocery stores than I had seen in the States. I also found very strange that in France they didn’t keep their soft drinks in a cooler.

 

Pour les repas, c’était compliqué parce que les restaurants étaient ouverts à des heures bien précises. Quand j’entrais trop tôt dans un restaurant, la patronne me regardait comme si je m’étais présenté tout nu dans son établissement et me disait, le bec pincé, sur un ton un peu outré : « Mais Monsieur, vous êtes trop tôt ! Nous ne servons les repas qu’entre quatorze et dix-huit heures. » Dans des petits restaurants qui n’avaient l’air de rien, on me demandait quelquefois si j’avais une réservation. Quand le restaurant était à même le petit hôtel où je logeais, on m’informait qu’on faisait restaurant entre telle heure et telle heure. Toujours on devait attendre une éternité avant de recevoir la note ou l’addition. Je ne sais pas si c’est encore comme ça, mais à cette époque-là, en France, les commerces étaient fermés pendant une grande partie de l’après-midi. Même si vous arriviez de la Patagonie ou de la planète Mars, tout le monde s’attendait à ce que vous connaissiez les heures d’ouverture et de fermeture des magasins et du P.T.T. (Postes, télégraphes et téléphones)

 

I was thinking of the old Chuck Berry song Back in The U.S.A. where he talks about “corner cafés where hamburgers sizzle on an open grill night and day.” I was thinking of the American waitresses who would  call you "honey" and ask you about ten times if you wanted more coffee or if you'd had enough. (You never knew which question to answer). I was also thinking about Skaggs in Lafayette where you could do your grocery shopping at four in the morning if you felt like it. (You could also buy a toothbrush, a pair of slippers, condoms, a bottle of Jack Daniels...and probably a machine gun or an assault rifle). Oh, how I wished I could have found an American fast food restaurant like we had in Québec where you could find real coffe and be in and out in less than thirty minutes!

 

Here’s a version of Chuck Berry’s song with lyrics by Linda Ronstadt

https://www.youtube.com/watch?v=S8mBfEv7uU8

 

En France, j'ai aussi noté que les relations entre les individus étaient très formelles. J’ai toujours trouvé que les Québécois n’utilisaient pas assez le vous de politesse mais là-bas, c’était le contraire. Comme on dit ici : «  Trop, c’est comme pas assez ! » Je n’aurais pas été surpris d’entendre les Français vouvoyer leur chien ou leur chat.  J’ai vécu une très mauvaise expérience dans un hôtel de Concarneau qui s’appelait Hôtel de Bretagne. Pour une raison que j’ignore, peut-être à cause de mon accent, le patron avait décidé qu’il ne m’aimait pas. Après m’avoir fait quelques commentaires désobligeants, il m’a loué à contrecœur, une chambre minuscule. Le lendemain matin, après que je le lui ai eu demandé, peut-être un peu trop tôt à son goût, il m’a ouvert en maugréant la remise où j’avais laissé mon vélo pour la nuit. Il m’a lancé quelques insultes alors que je me mettais à pédaler dans la brume matinale. Jusqu’à ce jour, cet incident reste pour moi un mystère. Peut-être, sans le savoir, avais-je enfreint une règle de conduite tiré d'un mystérieux code que je ne connaissais pas. Il y avait des règles non écrites, qui n'apparaissaient pas dans les guides touristiques, qui régissaient la façon d'aborder les gens et un tas d'autres choses, qui faisaient qu'on pouvait facilement se mettre les pieds dans les plats sans même savoir qu'il y avait des plats.

 

Unlike in France, and even more so than in Québec and English Canada, in the United States, it’s very easy to join a conversation with people that you don’t know. Like the way they dress, Americans are very casual in the way they interact with one another. Sometimes, in my opinion, they don’t take enough time to know you before calling you a friend. In France, people are very aware of where they stand in the social hierarchy. The way they speak often reflects their social status. I would say that in this regard, Québec is halfway between France and the United States.

 

Au-delà des différences culturelles, des conventions sociales et des formalités, j’ai rencontré en France des gens très ouverts et sympathiques. Je pense à cet homme d’un certain âge qui m’a invité à partager un repas avec lui et sa fille dans leur maison située dans un petit village de Normandie. Il y a ces jeunes Bretons qui m’ont invité à passer la nuit dans une vieille maison au milieu de nulle part. Je n’ai pas dormi parce que j’avais peur d’être réveillé par un fantôme. Il y a aussi ce gars qui après m’avoir vu marcher à côté de mon vélo qui avait un pneu crevé, l’a mis dans le coffre de sa voiture, et m’a aidé à trouver quelqu’un pour le réparer. Et cette patronne d'un café près de Caen qui a refusé que je lui paie le verre de vin rouge que j'avais commandé quand elle a su que mon oncle avait été blessé lors du débarquenent en juin 1944.

 

While I am happy that I was brought up in French in a culture that is different from the rest of North America, while I am also happy for the education that I received, for all the French books that I have read, the French movies that I have seen and the French songs that I have heard, I realized when I went to France in the summer of 1976 that, above all, I was a North American, a French speaking North American but a North American just the same.      

 

 

 

 

 

 

 

  



13/03/2018
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