Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Remèdes contre la léthargie du corps et du cerveau

Le corps 

La vague de froid intense est pour dire terminée mais la température est quand même sous la normale saisonnière, comme ils disent à la télé. Ça fait quelques jours que je ne suis pas sorti. J'entends le vent souffler à l'extérieur et je vois la neige tourbillonner par la fenêtre. Je me dis que c'est bien d'être au chaud dans la maison quand il fait froid, mais mon corps me dit qu'il a besoin de sortir. J'essaie de ne pas l'écouter. Il insiste. C'est comme une envie de pisser au milieu de la nuit. On sait qu'on ne gagnera pas et qu'on finira par céder. Ça n'est qu'une question de temps. Je capitule. Je m'habille chaudement. Je mets mon équipement dans la voiture et je pars. 

 

En sortant de la voiture, la neige me pince la peau du visage. Il fait -14 mais avec le vent c'est comme s'il faisait -20 qu'ils ont dit à la radio. J'ai les doigts gelés après avoir enlevé mes gants pour mettre mes bottes dans les fixations. Même après avoir remis mes gants, mes doigts sont encore engourdis. Je traverse le champ face au vent glacial en me disant que j'aurais peut-être dû rester à la maison avec les chats.

 

Arrivé dans la forêt, il n'y a plus de vent. Je n'ai plus froid. Mon corps s'est réchauffé par l'exercice. Mes skis sont collés dans les traces faites par la machine. J'augmente la cadence dans les montées et je réduis la longueur de la glisse. Sur le plat, je fais le contraire. Je diminue la cadence et rallonge la longueur de la glisse. Dans les descentes, je ralentis juste assez pour ne pas rater les virages tout en essayant de détendre mes muscles au maximum. Je fais tout ça sans y penser. Avec les années, c'est devenu une seconde nature. Je me sens libre. Je pense à toutes sortes de choses ou je ne pense à rien. Il me vient quelques idées que je vais peut-être utiliser pour mes articles. Je les range quelque part dans un tiroir de mon cerveau en me disant que je vais y revenir plus tard.

 

Je rentre à la maison avec trois plus d'énergie que quand je suis parti. Je me sens bien et me dis que j'ai bien fait de sortir, et qu'après tout il ne faisait pas si froid que ça. Je vais prendre un bain chaud pour me réchauffer, et ce soir je vais faire du yoga pour étirer mes muscles.

 

 

Le cerveau 

J'ai déjà entendu dire que notre cerveau est passif quand on regarde la télé. Il est quelque part entre trois

et quatre heures de l'après-midi. Ça fait un bon deux heures que je suis allongé sur le divan avec ma grosse chatte qui ronronne à mes côtés. J'utilise la télécommande pour passer de Dr. Phill où un sexagénaire raconte comment il a été assez stupide pour envoyer plus de 250 000 $ à des fraudeurs nigériens qui se faisaient passer, photos à l'appui, pour une jeune femme d'une trentaine d'années qui brûlait d'amour pour lui sans l'avoir même rencontré à CNN qui enregistre des profits records depuis que Trump a été élu et qu'on ne parle que de lui dans les nouvelles. Pendant les nombreuses pauses publicitaires, je coupe le son et je joue au Srcabble sur mon iPad.

 

Tout à coup, j'en ai assez. Je me lève en me disant que je vais m'en aller écrire. J'allume mon ordinateur. Au début, c'est aussi pénible que quand je faisais face au vent glacial pour traverser le champ quelques jours plus tôt. Quand j'écris en anglais, c'est la même chose, sauf que le vent souffle un peu plus fort et que le champ est un peu plus long à traverser. J'ouvre le tiroir dans lequel j'avais rangé les quelques idées qui m'étaient venues à l'esprit en faisant du ski. J'en ajoute quelques autres. Je les mets en ordre. Petit à petit, mon article prend forme et j'ai une bonne idée de ce que je vais écrire.

 

Quand je me mets à écrire, je ne pense plus à rien d'autre. Je cherche un mot, vérifie l'orthographe d'un autre, change la structure d'une phrase, déplace une virgule, décide de la remettre où elle était, coupe en deux un paragraphe, change le titre, etc. Pendant que je fais tout ça, mon cerveau est actif et je me sens bien. Je me sens tellement bien que je ne prends pas le temps de m'arrêter pour me dire que je me sens bien. Je regarde l'heure. Il est près de sept heures. Maria me demande si j'ai faim. Je lui dis que oui. Elle me dit qu'elle va nous préparer une soupe vietnamienne. 

 

Après avoir mangé, je retourne à mon article pour le relire une dizaine de fois et faire des corrections. Je suis surexcité par le plaisir d'écrire. C'est comme une douce euphorie. Pendant quelques heures, mon cerveau a été vraiment actif. Je me sentais un peu comme je me sentais quelquefois au travail, avant de prendre ma retraite, et que je finissais de donner un cours que mes étudiants avaient particulièrement apprécié.

 

Je me dis que pour me calmer avant d'aller dormir, je devrais peut-être regarder un peu la télé. Il y a sur la chaîne américaine OWN l'histoire vraie d'une femme qui a empoisonné son mari avec de l'antigel pour les voitures pour toucher l'argent des assurances. Mon cerveau s'engourdit peu à peu et je retourne dans un état un peu léthargique.



15/02/2019
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