Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Mary Kay, Dieu, la politique, le ski de fond et mon blogue

Quand j’étais professeur de français à la Banque du Canada, un de nos collègues avait commencé à vendre des produits naturels qui, disait-il, pouvaient grandement améliorer notre apparence et notre santé. Étant donné que c’était un système de vente de type pyramidal comme Mary Kay, il cherchait à recruter de nouveaux vendeurs qui travailleraient pour lui. Un autre de mes collègues, Marc, m’avait pris à part et m’avait dit : « Tu sais Pierre, c’est bien beau tout ça, on peut faire de l’argent et tout, mais ça peut changer la relation qu’on a avec nos amis et les nouvelles personnes qu’on rencontre. On ne les voit plus comme des amis ou des personnes qui pourraient le devenir mais comme de potentiels clients ou partenaires. Ce n’est pas comme quelqu’un qui travaille chez Sears (mauvais exemple dans le contexte actuel) et qui cesse d’être vendeur quand il sort du magasin.»   

 

J’ai repensé à cela ce matin en faisant du ski de fond. C’est drôle mais c’est quand je fais de l’exercice que mes idées sont les plus claires, probablement parce que c’est à ce moment-là que mon cerveau est le mieux oxygéné. Je considère que j'ai la chance. il y a des pensées qui me viennent pendant que je fais de l'exercice. Quand je rentre à la maison, je les mets en ordre, je m'assois devant mon ordinateur et j'écris un texte. J'ai exercé mon corps et mon esprit en combinant deux activités qui sont pour moi très agréables. Voici donc le fruit de mes réflexions d'aujourd'hui.

 

Pendant notre vie, il y a souvent une chose qui devient très importante pour nous, une chose ou une cause à laquelle on s’identifie, et qui en quelque sorte nous définit. Cet engouement, qui canalise une grande partie de notre temps, de nos pensées et de nos énergies, peut durer toute une vie ou seulement quelques années. Il peut s’agir de convictions religieuses ou politiques (la souveraineté du Québec ou le fédéralisme), de la défense des animaux, de la protection de la nature, d’une activité sportive ou artistique, etc. Ça peut aussi être aussi le désir de réussir et de devenir riche en vendant des produits comme notre collègue à la Banque du Canada. Peu importe si l’on cherche à faire du prosélytisme, à recruter des adeptes, des complices, des partenaires ou des clients, quand on a quelque chose à vendre ou quelqu'un à convaincre, ça change notre façon d’entrer en relation avec les autres.

 

Pendant mes dernières années à l’université, la chose qui était la plus importante pour moi était de partager la foi que je venais de découvrir. Je pouvais trouver le moyen de parler de Dieu à quelqu’un qui me demandait à quelle heure était le prochain autobus. Ç’a duré quelques années. Plus tard, ç’a été le ski de fond. Je parlais de ski de fond en juillet à des gens qui n’en avaient jamais fait et qui n’avaient aucune intention de commencer à en faire. Je devais les faire chier pas pour rire. Nos passions peuvent changer mais l’enthousiasme avec lequel nous en parlons est le même.

 

Quand on est sur le marché du travail et qu’on a l’occasion de côtoyer des gens tous les jours, le fait d’avoir une page Facebook ou un blogue est quelque chose de tout à fait accessoire. Par contre, quand on est retraité et qu’on a beaucoup moins d’occasions de communiquer et d’échanger, ça peut prendre une importance démesurée. C’est ce qui m’est arrivé. Dans les articles que j’écris et que je publie dans mon blog, je partage mes expériences et mes pensées, je parle de ce que j’aime et de ce que j’ai vécu, et je donne mon opinion sur un tas de sujets : tout ça pour satisfaire mon besoin d’entrer en relation avec d'autres.

 

Quand je me suis rendu compte que je commençais à voir les nouvelles personnes que je rencontrais comme de potentiels lecteurs, j’ai compris que je faisais fausse route. Pas plus que les gens ne veulent entendre parler de Dieu quand ils attendent l’autobus, ou qu’ils ne veulent entendre quelqu’un leur parler de ski de fond quand ils relaxent sur la plage en juillet, ils n’ont le goût de lire tout ce que j'écris au sujet de moi-même et de ce que je pense. Il y a, bien sûr, quelques personnes avec qui j'ai en commun surtout mon âge, mais aussi mon éducation, ma culture et certaines de mes valeurs, qui ont trouvé dans mes écrits un écho de ce qu'elles pensaient ou de ce qu'elles avaient vécu. Je crois toutefois qu'en général, si nous voulons vraiment rejoindre tout le monde, il faut rencontrer les gens là où ils sont au lieu de les entraîner sur un terrain sur lequel ils ne sont pas familiers et où ils n’ont probablement pas envie d’aller.

 

Pour revenir à mon collègue, même si sa relation avec son entourage a changé quand il est devenu vendeur, la ligne de démarcation entre ce qu’il était et ce qu’il vendait était très claire. Pour quelqu’un comme moi qui veux partager ses convictions, ses opinions, ses expériences et ses idées dans son blogue, c’est beaucoup moins évident. Je suis à la fois le vendeur et le produit que j'essaie de vendre.



17/01/2018
6 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Religion & Croyances pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 8 autres membres