Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

La faculté de s'émerveiller

On peut sortir dans son jardin et s’émerveiller de la moindre petite chose que l’on voit; on peut aussi parcourir le monde et ne rien voir des merveilles qui s’offrent à nos yeux. La faculté d’émerveillement est quelque chose de naturel pour certains, de pas du tout évident pour plusieurs et de pratiquement inexistant pour d’autres.

 

Est-ce qu’on peut apprendre à s’émerveiller ? Je crois qu’au départ, c’est une faculté qu’on a ou qu’on n’a pas. C’est un don. Je crois néanmoins que jusqu’à un certain point, c’est quelque chose qui se cultive et qui s’apprend. On peut apprendre en observant.

 

J’ai la chance de vivre avec quelqu’un qui a une exceptionnelle faculté d’émerveillement. Ce qui caractérise le plus Maria, c’est son rythme. Elle fait tout très lentement. Elle met une éternité à finir son repas. Ça peut quelquefois être un peu énervant. Elle s’arrête de marcher pour regarder les fleurs et les papillons, pour parler avec les grenouilles et les tortues. Dans son roman Les fleurs du Coran, Eric-Emmanuel Schmitt  a écrit : « Le bonheur est dans la lenteur. » En observant Maria, je comprends mieux ce qu’il a voulu dire. Quand je suis avec elle, j’essaie d’adopter un peu son rythme; quand je me retrouve seul, j’accélère. « Chassez le naturel et il revient au galop. » 

 

Pour pouvoir s’émerveiller, il faut aussi apprendre à vivre dans le présent. Il y a un moine vietnamien, Thich Nhât Hanh, qui a passé sa vie à enseigner à ses adeptes à vivre dans le présent en les emmenant marcher dans la nature. Son enseignement est basé sur la prise de conscience de ce qui se passe ici et maintenant.  Je crois néanmoins que ces techniques ne donnent pas d'aussi bons résultats qu'obtiennent ceux et celles qui sont naturellement doués pour la chose. Quand on fait un effort pour s’émerveiller, il y a une partie de nous-même qui se regarde en train de s’émerveiller. Le philosophe français Jean-Paul Sartre a écrit quelque chose à ce sujet. J’ai oublié le contexte, mais Il parle de se regarder en train de regarder. Ça fait longtemps que j’ai lu ça, mais je trouve que ça cadre très bien avec ce que je suis en train de vous raconter maintenant.

 

On peut aussi apprendre des artistes. Ils nous font voir des choses qu’on ne verrait pas par nous-mêmes. Je pense à cette chanson de Gilles Dreu intitulé Ils font chanter le monde dans laquelle il nous dit ceci au sujet des poètes :

 

Toi dont les paroles tombent lourdement vers le sol, grâce à eux tu chantes quand même la rose,

grâce à eux tu chantes quand même la colombe.”

 

Voici le lien pour écouter cette chanson dans YouTube :

 

https://www.youtube.com/watch?v=1zMRN2M4pAo

 

J’ai remarqué une chose au sujet des artistes. Plusieurs d’entre eux ne s’arrêtent pas plus que la majorité d’entre nous pour apprécier et s’émerveiller de ce qu’ils voient quand ils ne sont pas en train de pratiquer leur métier. J’ai un cousin photographe. Un jour, il était assis devant la rivière à notre chalet. À quelques mètres de lui, il y avait un héron bleu. Il ne l’a pas vu. Par contre, au cours d’une randonnée en forêt, il peut se concentrer sur trois cailloux au milieu d’un ruisseau sans voir les majestueux paysages qui s’offrent à ses yeux.

 

On entend souvent dire que les enfants ont une plus grande facilité de s’émerveiller que les adultes. C’est vrai dans la mesure où les enfants doivent faire la découverte du monde qui les entoure. De nos jours, quand ils atteignent l’adolescence et l’âge adulte, la plupart d’entre eux désapprennent rapidement à s’émerveiller. Comment ? En ayant constamment les yeux rivés sur l’écran de leur téléphone intelligent, de leur ordinateur ou de leur tablette. Un jour, nous sommes allés à Maniwaki avec la nièce de Maria qui venait d’avoir vingt ans. Elle n’a pas levé les yeux de son téléphone de tout le trajet qui a duré près de deux heures. Elle n’a rien vu de la rivière, des champs, de la forêt et des villages.

 

J’ai vu des touristes, pas seulement des jeunes, qui avaient les yeux éteints devant des merveilles de la nature et d’architecture, et qui prenaient machinalement des photos d’eux-mêmes en train de regarder sans vraiment voir.

 

Il y a une très belle chanson de Frida Boccara que j’écoutais quand j’étais jeune. La musique est d'Éric Stern et les paroles d'Eddy Marnay. Ça parle d’un enfant qui apprend l’émerveillement.

 

Voici la chanson dans YouTube avec les paroles :

 

https://www.youtube.com/watch?v=nbV_psJnF-o

 

 



23/12/2017
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