Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Entre l'acceptation et le rejet

J’ai entendu un psychologue, animateur d’une émission de télévision américaine très populaire, dire que le plus grand besoin qu’ont les humains est d’être accepté et que leur plus grande peur est d’être rejeté. Ça peut paraître un peu simpliste mais à bien y penser, c’est très vrai. Ce n’est peut-être pas vrai de la même façon pour tout le monde, et il peut y avoir des degrés dans le besoin d’être accepté et dans la peur d’être rejeté, mais je crois qu’en général ça explique une grande partie des comportements et des façons d’être et d’agir des êtres humains.

 

Je vais commencer ce texte par un remue-méninge en écrivant tout ce qui me passe par la tête sur le sujet pour en arriver à une réflexion plus structurée et à des conclusions personnelles.

 

Que ce soit dans la vraie vie ou dans des films et des romans, nous avons tous rencontré des personnes ou des personnages qui étaient prêts à subir toutes sortes d’humiliations et à se livrer à des bassesses dans le seul but d’être acceptés, des personnes ou des personnages qui acceptaient de devenir le souffre-douleur de leur entourage de peur qu’on les rejette.

 

Il y a des cas extrêmes où le fait de ne pas être accepté et d’être rejeté a des conséquences dramatiques. Il y a une catégorie de jeunes qu’on appelle en anglais rejects, qui sont les victimes d’une forme d’intimidation qui a lieu  la plupart du temps en ligne. Les rejects reçoivent des textos leur disant qu’ils sont laids et stupides, qu’ils n’ont aucune raison de vivre, qu’ils ne seront jamais acceptés et qu’ils devraient se suicider. Plusieurs le font.

 

Il y a quelques années, une adolescente canadienne a envoyé des photos compromettantes d’elle-même à un homme aux Pays-Bas qu’elle avait rencontré sur un site de rencontre en ligne. Elle l’a fait pour être acceptée et par peur d’être rejetée. Lorsqu’il a publié ces photos sans son consentement après qu’elle a refusé de lui en envoyer d’autres plus osées, elle s’est sentie trahie et humiliée, et elle s’est suicidée.

 

Il y avait, en France, il y a quelques décennies une mode qu’on appelait dîners de cons qui consistait à inviter quelqu’un que l’on considérait être un con à partager un dîner avec un groupe d’amis. C’était à qui allait dénicher le plus beau spécimen de con. Un film a été fait à ce sujet.

 

Parlant de films, ça me fait penser à cet autre film, américain celui-là, intitulé Carrie. C’est un film des années 1970 ou 1980. C’est l’histoire d’une jeune fille rejetée par tous à qui un groupe de jeunes de son école décide de jouer le tour le plus horrible que vous puissiez imaginer après lui avoir laissé croire qu’ils s’intéressaient vraiment à elle et qu’ils l’avaient intégrée à leur groupe. Plus le sentiment d’appartenance et d’acceptation est élevé, plus douloureux sera le rejet. C’est ce que disaient ces jeunes en préparant leur mise en scène. Je ne vous dévoilerai pas la fin au cas où vous n’auriez pas vu le film mais elle est époustouflante.

 

Les recruteurs pour les mouvements extrémistes, qu’ils soient néo-nazis, islamistes ou autres, sont passés maîtres dans l’art d’utiliser ce désir d’être accepté et d’appartenir à un groupe qu’ont les jeunes pour les attirer et les convertir à leur idéologie, et souvent aussi pour les envoyer mourir pour la cause à leur place. Ces groupes, qui incluent aussi des organisations criminelles, fonctionnent avec des valeurs et une conception de la loyauté assez particulières. Pour en faire partie et être accepté, il faut souvent commettre un crime, et pour ne pas en être exclu et rejeté, il faut continuer à faire ce qu’on vous demande de faire sans discuter.

 

Le besoin d’être accepté se confond très souvent avec celui d’être reconnu et admiré. Pourquoi ces jeunes dans YouTube qu’on voit descendre à toute vitesse, sur leurs planches à roulettes, la rampe d’un escalier de béton ou de métal, au risque de se casser la gueule ou de s’écraser les couilles ? (Ouille !) Pourquoi ces jeunes casse-cou qu’on voit faire des pirouettes sur les toits des gratte-ciel ou se balancer dans le vide en se tenant par les mains à une poutre entre ciel et terre ? Pour être reconnus et admirés, et pour augmenter le nombre de leurs followers.

 

On est souvent tiraillé entre le besoin d’être accepté et la peur d’être rejeté : il y a, d’une part, un élan qui nous pousse à aller vers des personnes de qui on aimerait se rapprocher et, d’autre part, la peur d’être rejetés par ces mêmes personnes qui nous paralyse.

 

Il y a des personnes seules, en mal d’amour et de contacts humains, qui ont envoyé des sommes d’argent considérables, considérant leurs moyens limités et leur situation financière souvent précaire, à des escrocs à l’autre bout du monde qui les ont manipulées en jouant sur ce besoin fondamental qu’ont les êtres humains d’être acceptés et aimés.

 

Pour ma part, je ne m’en cache pas, je peux vous dire que trop souvent, consciemment ou non, ce que je fais et ce que je dis découle de mon besoin d’être accepté et de ma peur d’être rejeté, mais que je ne crois pas avoir jamais dépassé les limites du bon sens.

 

Alors que le rejet, quand il a pour origine le racisme, des convictions religieuses ou des opinions politiques extrêmes, est catégorique et sans appel, l'acceptation est beaucoup plus nuancée. Meme si certaines personnes ne partagent pas nos intérêts et nos opinions, et qu'elles ne voient pas toujours les choses de la même façon que nous, elles peuvent quand même décider de nous accepter...et nous de les accepter malgré leurs différences. C'est une leçon que j'ai apprise de mon blogue. Plusieurs n'ont pas le goût de me suivre partout où me conduisent mes réflexions mais c'est très bien ainsi. On peut se rejoindre sur un terrain neutre, là où nous avons des choses en commun. L'important pour moi est de résister à la tentation de changer ce que je suis dans le but d'augmenter mon niveau d'acceptabilité. Je crois que ce serait une erreur de le faire. C'est dans ce sens-là que je parle de l'importance de ne pas dépasser les limites de ce que je considère être le bon sens.

 

À partir de toutes ces observation, qu’est-ce qu’on pourrait bien retenir de ce besoin qu’ont les humaines d’être acceptés et de cette peur qu’ils ont d’être rejetés ?

 

Premièrement, je me dis que si ce besoin et cette peur existent, c’est qu’il doit bien y avoir une raison. Je crois que la nature a doté les êtres humains de ces caractéristiques pour assurer leur survie. L’homme est un animal social qui a besoin des autres pour survivre et se développer. Il faut donc qu’il pense et agisse de façon à être accepté et à ne pas être rejeté par le groupe. Imaginez des individus qui n’auraient aucun besoin d’être acceptés et aucune crainte d’être rejetés par les autres. Ils ne pourraient pas s’organiser et vivre normalement en société. Ce n’est pas sans raison que l’on qualifie de sociopathes et de psychopathes ceux et celles qui se foutent complètement d’être acceptés ou rejetés, et qui n’éprouvent aucune empathie pour les autres.

 

Étant donné que l’être humain a aussi une dimension individuelle et pas uniquement sociale, il faut aussi que ces caractéristiques nécessaires à sa survie n’atteignent pas un niveau dysfonctionnel, que l’on pourrait qualifier de pathologique, pour éviter que l’épanouissement et le développement de l’individu ne soient compromis par un trop grand besoin d’être accepté et une trop grande peur d’être rejeté par le groupe. Quelqu’un qui ne penserait et n’agirait que pour être accepté et ne pas être rejeté par les autres ne pourrait pas fonctionner normalement en tant qu’individu.

 

Si l’on considère maintenant la dimension morale et spirituelle de l’être humain, on constate que, dans certaines circonstances, lorsque les comportements et la façon de penser d’un groupe s’éloignent de ses valeurs et de ses principes, un membre peut décider d’ignorer son besoin d’être accepté par ce groupe et surmonter sa crainte d’en être rejeté, comme ce fut le cas de plusieurs dans l’Allemagne nazi et ailleurs dans le monde à différentes époques. De telles situations représentent toujours des défis énormes pour les individus qui y sont confrontés.

 

Quelles conclusions pourrions-nous tirer de ces quelques observations ? Je dirais ceci : c’est normal pour leur survie que les êtres humains aient ce besoin d’être acceptés et cette peur d’être rejetés, et c’est aussi normal qu’ils aient ce besoin et cette peur à des degrés différents dépendant de leur nature et de leur caractère, des valeurs qu’on leur a transmises, de l’éducation qu’ils ont reçue et de l’exemple qu’on leur a donné. Là où ça devient problématique, c’est quand le besoin d’être accepté et la peur d’être rejeté entrent en conflit avec le développement normal de la personnalité ou amènent des individus à faire des compromis par rapport à leurs convictions personnelles et à leurs valeurs profondes.

 

J’ajouterais qu’une des principales causes de maux de notre monde est cette capacité et cette volonté qu’ont certains de profiter et de détourner ces besoins fondamentaux et normaux de leurs semblables pour se divertir ou pour servir leurs intérêts personnels ou l’idéologie du groupe dont ils font partie.

 

Et pour ceux et celles qui, comme moi, auraient l’idée de créer un blogue pour entrer en contact avec d’autres en échangeant des expériences et des opinions, je vous dirais qu’à condition de ne pas avoir d’attentes trop élevées et d’objectifs trop précis, ça peut être quelque chose de très sain, de très divertissant et de très positif, et que ça peut contribuer, dans une certaine mesure, à  combler ce besoin que nous avons tous d’être acceptés. C’est un peu comme laisser une lumière allumée dans une maison. Les gens passent et se disent : « Y a d’la lumière ; y doit y avoir quelqu’un. »

 

 

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24/08/2019
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