Les rêveries du retraité solitaire

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Boucar et le virus

Il y avait ce matin à la télé une entrevue avec l’humoriste et océanographe québécois d'origine sénégalaise Boucar Diouf. On ne lui a posé qu’une seule question : « À quoi servent les virus ? » Boucar a commencé par répondre avec un large sourire qu’il n’y avait pas vraiment de réponse à cette question et que nous pourrions nous poser la même question au sujet des humains. Il a ensuite parlé des virus du point de vue d’un océanographe. Il a dit que dans une seule cuiller à soupe d’eau de mer il y avait autant de virus et de bactéries qu’il y a d’habitants en Europe. Il a ajouté que dans les océans, quand on organisme en venait à prendre trop de place et menacer la survie des autres espèces, il y avait des virus et des bactéries qui se liguaient pour le combattre. Boucar n’a pas fait de lien avec ce qui se passe en dehors des océans. Je crois qu’il a préféré nous laisser réfléchir un peu et faire nous-même le rapprochement. C’est ce que j’ai fait.

 

J’ai pensé à ce film documentaire que j’ai vu la semaine passée sur CNN qui explique que le virus Ebola est apparu en Afrique après que l’habitat naturel d’une espèce de chauves-souris a été détruit par la déforestation. Ces chauves-souris habitaient à l’étage supérieur de la forêt qu’on appelle la canopée. Après que les arbres ont été coupés, elles ont cherché leur nourriture dans des endroits où vivaient d’autres espèces : il y a eu transfert de virus d’animal à animal et d’animal à humain. En Chine, on ne sait pas exactement comment est apparu et s’est transmis le coronavirus mais on soupçonne fortement que ça vient d’un animal exotique sorti de son élément naturel que des humains ont ensuite mis en contact avec d’autres animaux dans un marché public.[1]

 

Et si on n’y pense bien, il n’y a pas de raison pour que ça ne passe pas de la même façon sur la terre et dans les océans. Quand on considère la couche d’ozone qui s’amincit à cause des changements climatiques provoqués en grande partie par l’utilisation du charbon et du pétrole, et la planète qui est en train de perdre un poumon avec la déforestation de la forêt amazonienne, on pourrait en arriver à la conclusion que l’apparition de virus comme Ebola et le COVID-19, c’est un peu comme si la terre était en train de nous dire : « Vous m’empêchez de respirer ; je vais aussi vous empêcher de respirer. Et vous allez voir un peu comment je me sens quand vous aurez besoin d’un respirateur artificiel pour rester en vie. »

 

Il apparaît évident quand on regarde les photos satellites de la terre que celle-ci respire beaucoup mieux depuis les quelques mois ou semaines que l’économie fonctionne au ralenti. Il y a aussi les étonnantes photos du ciel devenu bleu au-dessus des grandes villes industrielles chinoises. Face à cela, on ne peut qu’en arriver à la conclusion que notre système économique basé sur la perpétuelle croissance de la consommation nous cause de graves problèmes. C’est comme si le système s’était emballé et fonctionnait selon une logique qui lui est propre et qui ne tient pas compte de nous et de notre survie.

 

Je ne voudrais pas mettre d’un côté les profiteurs et les exploiteurs qui créent la pollution et de l’autre la masse anonyme des pauvres innocents comme vous et moi qui en sont les victimes. Si je peux lire et écrire aujourd’hui, et si j’ai pu vivre ma vie dans l’aisance et dans le confort, c’est que mon père et beaucoup d’autres comme lui ont travaillé dans une usine qui polluait. J’ai vécu comme tout le monde autour de moi : j’ai acheté des voitures, j’ai voyagé, j’ai le chauffage central et l’air climatisé dans ma maison pour me garder le cul au chaud en hiver et les foufounes au frais en été. L’industrialisation et le commerce ont apporté beaucoup de bienfaits à l’humanité, et j’en ai profité comme plusieurs. Je crois cependant que le temps est venu de songer à trouver de nouvelles façons de faire fonctionner l'industrie et l’économie.

 

Les conséquences de nos actions n’ont rien à voir avec la morale et la motivation. Ce n'est qu'un rapport de cause à effet. Des paysans brésiliens qui n’ont jamais eu de voiture ou pris l’avion peuvent couper des arbres dans la forêt amazonienne pour défricher un petit bout de terrain qui leur permettra de cultiver la terre et nourrir leurs familles alors qu’à une centaine de kilomètres de là des multinationales font la même choses pour exploiter les ressources naturelles et enrichir leurs actionnaires. Le résultat est le même : la terre perd peu à peu de sa capacité de respirer.

 

Je crois que beaucoup de choses vont changer ou ne changeront pas dans l’avenir dépendant de ce que nous aurons appris de la période difficile que nous vivons présentement. Maintenant que le virus nous a rendus inactifs et nous a confinés à notre résidence, nous avons du temps pour réfléchir et pour remettre en question nos valeurs et notre façon de vivre. Profitons-en ! Notre monde ne changera pas du jour au lendemain, ça c’est certain, mais nous devons commencer par quelque chose. Quelques-uns comme Donald Trump suggèrent de ne pas attendre que le virus ait fini de faire ses ravages pour recommencer à consommer et rattraper le temps perdu. Je suggère que nous commencions par écouter ce qu’ont à nous dire Boucar Diouf et d'autres comme lui qui ont beaucoup à nous apprendre sur le milieu dans lequel on vit.

 

 

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Boucar Diouf

 



[1] Boucar Diouf a écrit un article intitulé COVID-19 et libido-anxiété sur l’utilisation des animaux sauvages pour en faire des médicaments ou des panacées dont l’efficacité ne repose sur aucune donnée scientifique. C’est un article très drôle et qui fait réfléchir. Le voici :

 

https://www.lapresse.ca/debats/opinions/202002/14/01-5261031-covid-19-et-libido-anxiete.php

 



27/03/2020
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