Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

Mon ami André

Il paraît qu’une des caractéristiques des enfants de parents alcooliques est d’avoir de la difficulté à relaxer et à avoir du plaisir[1]. Dans mon cas, je peux dire que c’est vrai. Les seules fois où j’ai pu vraiment m’éclater, c’est quand j’ai moi-même abusé de l’alcool. Quand il y a trop de monde autour de moi, je ne me sens pas complètement à l’aise. Quand je voyais des gars faire des choses de gars ensemble comme aller à la pêche, voir un match de hockey ou de baseball, jouer au golf ou faire du ski de fond ou du vélo en gang, je dois avouer que j’étais un peu jaloux. Avec l’âge, j’ai appris à m’accepter comme je suis. Mais même si je suis plutôt solitaire, ça ne veut pas dire que l’amitié n’a pas d’importance pour moi. Tout au long de ma vie, j’ai eu la chance d’avoir de bons amis. Dans cet article, j’aimerais vous parler d’un ami qui est très important pour moi.

 

J’ai connu André quand j’enseignais le français à la Banque du Canada. André est un gars sensible, intelligent et  observateur qui porte un regard lucide et amusé sur le monde. C’est aussi un gars qui n’a pas peur de dénoncer la bêtise, l’injustice et la connerie. Quand la Banque du Canada a donné en sous-traitance la formation linguistique de ses employés, André était déjà retraité et travaillait dans une école privée. Il m’a invité à aller le rejoindre. Après ça, c’est moi qui suis allé travailler pour EDC[2]  et qui l’ai invité à me rejoindre. On a appris à mieux se connaître.

 

Il y a de cela presque dix ans, il s’est passé un incident qui a failli mettre fin à mon amitié avec André, mais qui m’a permis de découvrir ses qualités profondes et la grande fidélité qu'il a envers ses amis. C’est un incident qui m’a donné une grande leçon de vie. Sincèrement, je ne me souviens pas des détails, mais une directrice qui était nouvellement entrée en fonction, non pas par méchanceté, mais à cause d’un manque de tact, de confiance et d’expérience, d’une trop grande émotivité, et surtout par peur de ne pas être à la hauteur de la tâche, a semé la discorde entre nous.  Je me suis offusqué. Je me suis drapé dans le manteau de mon orgueil blessé, et j’ai décidé que c’en était fini avec André. Les choses auraient pu en rester là mais ce n’est pas ce qui s’est passé.

 

L’image qui me vient à l’esprit est celle d’un bélier, pas l’animal mais cette immense poutre qu’on utilisait jadis, à force de coups répétés, pour enfoncer les fortifications et les portes des cités et des châteaux. André a commencé à m’envoyer des courriels auxquels je ne répondais pas. Il aurait pu se dire que ça n’en valait pas la peine mais il a continué, inlassablement, à m’écrire pour me demander comment j’allais et ce que je faisais de bon jusqu’au jour où je me suis finalement décidé de lui répondre. Sa persistance a eu raison de mon entêtement et de mon orgueil.

 

Après ça, on a continué à se voir, et on continue toujours à se voir comme de vieux amis même si on ne travaille plus ensemble. On a instauré une tradition : nos déjeuners de bonhommes. On se rencontre à tous les deux ou trois mois. On parle de tout et de rien. Pour moi, c’est l‘occasion de faire le point par rapport à ce qui se passe dans ma vie. C’est au cours d’un de ces déjeuners qu’André m’a donné l’idée de ce blogue. Il est une des rares personnes à lire régulièrement mes articles.

 

Parce que c’est dans ma nature mais aussi à cause de mon âge, j’ai tendance à tout ramener à la spiritualité. Pendant le temps qui me reste à vivre, j’essaie d’extraire ce qui est pour moi essentiel de tout ce que j’ai vécu et d’en tirer des leçons. Ce que je retiens de cette histoire est que la vraie spiritualité doit être ancrée dans de le quotidien. Les prières et les vœux pieux ne changeront rien à quoi que ce soit si on ne pose pas de gestes concrets. Il y a également cette idée qui est présente dans toutes les traditions religieuses de cette quête d'absolu persistante et acharnée qui est une condition essentielle pour entrer dans le royaume des cieux, atteindre le nirvana ou toute autre symbolique utilisée par les religions.

 

Pour moi André est un peu comme l’Auvergnat de la chanson de Brassens. C’est celui qui a eu le courage, au risque d’être rejeté, de poser un geste réel et concret pour que la lumière brille dans les ténèbres qui enveloppent trop souvent nos cœurs. J’aime bien finir cet article en parlant de Brassens. André était lui-même un chansonnier à l’époque de Brassens. Je lui dédie cet extrait de l’Auvergnat : « Toi l’Auvergnat quand tu mourras, quand le croque-mort t’emportera, qu’il te conduise à travers ciel au Père éternel. »

 

Salut Bonhomme !

 

 



[1] Il existe un groupe de soutien qui s’appelle Enfant-adulte de famille dysfonctionnelle ou alcoolique qui identifie 14 caractéristiques qu’auraient les enfants de parents alcooliques.

[2] Exportation et Développement Canada



06/11/2016
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