Les rêveries du retraité solitaire

Les rêveries du retraité solitaire

De l'autre côté de la montagne

Je devais avoir six ou sept ans. On revenait de la Gaspésie en voiture. Il y avait d’un côté de la route le fleuve immense et de l’autre des champs et des montagnes, Une montagne, plus haute que les autres, m’a intrigué. Je me suis demandé ce qu’il y avait derrière, et je me suis dit : « Quand je serai plus vieux, je reviendrai et j’irai voir. Et pas seulement celle-là. J’irai aussi voir ce qu’il y a derrière les autres montagnes. »

 

Presque vingt ans plus tard, je m’apprêtais à rentrer au pays après avoir passé une dizaine de mois en Louisiane. J’étais content de revenir, mais je n’étais pas complètement rassasié de musique et d’exotisme. Je me suis dit que je retournerais un jour dans les bayous pour apprendre à danser la valse et le two-step comme les Cajuns et entendre de nouveau l’accordéon et le violon rythmer les chansons du bon vieux temps, comme ils disent là-bas.

 

Les années ont passé. J’ai passé à autre chose et j’ai oublié. On dit que plus on vieillit plus le temps passe vite. C’est vrai. La vie nous entraîne dans son tourbillon, et on n’a pas beaucoup de temps pour penser. On arrive à la retraite, et on a alors le temps de penser aux petites choses, pourtant essentielles, qu’on aurait voulu faire et qu’on n’a pas eu le temps de faire parce qu’on était trop occupés avec les grandes choses qu’il fallait faire : avoir une carrière; acheter une maison; avoir des enfants; voyager, se faire des amis, avoir des activités enrichissantes pendant ses loisirs. Mais ces petites choses continuent à nous hanter : ces personnes qu’on a négligées, ces malentendus et ces décisions prises sur un coup de tête ou sans trop réfléchir qui nous ont éloignés de ceux et celles qu’on aimait.

 

On se rend compte jusqu’à quel point les choix qu’on a faits et les décisions qu’on a prises peuvent être définitifs. On sent le temps nous filer entre les doigts, et on se console en se disant que puisqu’on a la foi, il y aura bien quelque chose de miraculeux qui viendra renouer les liens brisés et réparer les pots cassés. La vérité est qu’il n’y a pas de miracle, qu’il n’y en a jamais eu et qu’il n’y en aura jamais, et ça ne veut pas dire que Dieu n’existe pas. Il n’y a que des gars comme André qui ont eu la détermination, la bonne volonté et le courage de forcer le destin et de dire : « Non, ça ne se passera pas comme ça ! »[1]

 

Nos vies sont souvent comme un roman inachevé avec des intriques qui ne connaîtront jamais de dénouement, des personnages qui disparaissent sans explications, et au temps, que contrairement aux romanciers, on ne peut pas contrôler. Je ne suis jamais retourné voir ce qu’il y avait de l’autre côté de la montagne, et la vie m’a entrainé dans une valse de plus en plus rapide, comme ces danseurs de la Louisiane d’il a quarante ans, la Louisiane de mes souvenirs où j’avais prévu de retourner avec mon frère à qui je n’ai pas parlé depuis plusieurs années.

 

 

P.-S.: Si vous voulez avoir une idée de ce qu'était la Louisiane des années 1970, allez dans YouTube et tapez I'm Coming Home-Clifton Chenier (Live 1973). On allait écouter ce gars-là tous les vendredis soirs dans un club "in the middle of nowhere" à une quinzaine de kilomètres de Lafayette.



[1] Si vous ne l’avez pas fait, vous pouvez lire dans mon blog l’article que j’ai intitulé Mon ami André. J'en profite pour saluer ce bonhomme, qui n'est pas grand, mais qui est un grand bonhomme. Salut Bonhomme !



12/07/2017
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